Ai Qing

Ai Qing est né dans la province de Zhejiang, dans l’Est de la Chine. De 1929 à 1932, il étudie en France et découvre à cette occasion l’art d’Auguste Renoir et de van Gogh, la poésie de Vladimir Maïakovski et d’Émile Verhaeren, la philosophie de Kant et d’Hegel.

Le 28 janvier 1932, il prend le bateau à Marseille pour la Chine. Rentré à Shanghai, il est emprisonné pour son opposition au Kuomintang. Il compose en détention son plus célèbre poème La Rivière Dayanhe, ma nourrice, ainsi que À travers la fenêtre grillagée », Le Mirliton-à la mémoire d’Apollinaire, Paris et Marseille (1933). Il est libéré en 1935 et se déplace de ville en ville dans un pays qui sombre dans une guerre violente avec le Japon. Il publie notamment dans l’intervalle Vers le Soleil (1938), Le Nord (1939), Paris lamentable (1940), Les Torches (1941).

En 1941 à Yan’an, il enseigne à l’Académie des arts Lu Xun et continue d’écrire des poèmes dont Toulon en révolte (1942) et À la mémoire de Romain Rolland. Après l’arrivée des communistes au pouvoir, il devient un des responsables de l’Institut central des beaux-arts, puis rédacteur en chef adjoint à la revue Littérature du Peuple. Il continue à beaucoup voyager et écrit notamment L’Atlantique (1954).

Après 1958 et la campagne des Cent Fleurs, il est suspecté d’être un « droitier » et est déporté dans des fermes en Mandchourie puis au Xinjiang par les autorités communistes. Il est libéré en 1961, mais il n’est pas réhabilité et doit s’exiler au Xinjiang . Il n’est pas autorisé à publier ses œuvres avant 1978 (Le Drapeau rouge en 1978, Le Mur, Le Colisée de Rome en 1979…).

Il fait un deuxième séjour en France en juin 1980 (il compose à cette occasion Paris, Le Moulin rouge, Les Champs-Élysées, La matinée de Nice, Nice, Monte-Carlo et La valse Europa, et le président de la République François Mitterrand lui décerne en 1985 le titre de chevalier des Arts et Lettres.

Il assume pendant cette période la charge de vice-président de l’Association des écrivains chinois et de membre du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale.

Son oeuvre

Toujours baignée à des sources paysannes, et nourrie d’idéal révolutionnaire, la poésie de Ai Qing, simple, libre, saisie au vif de l’émotion, retient par son lyrisme profond et sincère: elle nous fait partager de brefs moments de vie et témoigne, par le rythme de ses grandes fresques cadencées, des malheurs et de l’espoir des hommes et des femmes de la Chine contemporaine.


Ai Qing entre à Hangzhou en 1928, à l’institut des Beaux-Arts du lac de l’Ouest. Il y régnait, à son point de vue, « trop d’académisme ». Son professeur, le grand peintre Lin Fengmian, lui conseilla de partir pour la France. Pendant les trois années passées à Paris, la poésie française et la littérature progressiste russe ont fortement marqué la personnalité du jeune homme. En 1932, après l’incident de Shanghai et le débarquement des troupes japonaises, il rentra au pays. Il adhéra à la Ligue des artistes de gauche, rencontra Lu Xun et se retrouva en prison dans la concession française de Shanghai en raison de ses « idées subversives ». Son premier poème publié, La Grande Rencontre , date de cette année-là. Commence alors pour Ai Qing une existence mouvementée qui l’entraîne dans les remous qui vont agiter l’histoire de son pays.

Après des années de lutte aux côtés des communistes, le poète chinois, dont le patriotisme n’a jamais pu être mis en doute, connut l’exclusion en 1957: on lui reprochait son « occidentalisme »; puis ce fut l’exil pendant vingt années dans le Xinjiang. Par la suite, et malgré la consécration, Ai Qing ne put oublier ceux qui avaient été condamnés pour avoir conservé et lu ses livres, et continua à écrire son œuvre courageuse et puissamment originale.


Pour qui aborde l’œuvre de Ai Qing dans une autre langue que la langue mandarine, certains de ses poèmes peuvent sembler n’avoir rien de spécifiquement chinois. Son écriture, à ses débuts, est très souvent symboliste. Un poème comme Les Ponts , à part quelques descriptions de scènes locales typiques, pourrait être dû à la plume de Verhaeren par la construction du langage poétique et l’humanité qui l’anime.

Sa parole est libre, puissante, heureuse. Les influences occidentales sont bien assimilées, les directives du Parti, qui seront clairement énoncées dans les Interventions aux causeries sur la littérature et les arts de Mao Zedong en mai 1942 à Yan’an, n’y ont pas encore imprimé leur sceau implacable. Ainsi dans l’article publié en mars 1942 dans Jiefang ribao : « Comprendre les écrivains, respecter les écrivains », Ai Qing n’avait pas mâché ses mots.

 

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