Amos Gitaï, premier cinéaste nommé au Collège de France

Le cinéaste israélien, habitué du milieu culturel français, sera officiellement reçu le 16 octobre dans le prestigieux établissement d’enseignement et de recherche parisien

Biographie d’Amos Gitai

Amos Gitaï, né le à Haïfa en Israël, est un cinéaste israélien. Fils de Munio Weinraub-Gitaï, un architecte du Bauhaus, et de Efratia Luria une intellectuelle et enseignante, spécialiste non religieuse des textes bibliques.

Il commence des études d’architecture au Technion de Haïfa, mais doit interrompre ses études pour participer à la guerre du Kippour (1973) au sein d’une unité d’évacuation sanitaire par hélicoptère. Il y sera blessé, alors que l’hélicoptère dans lequel il se trouve est frappé par un missile syrien. Au cours de ses missions, il utilise une caméra Super 8 et à l’issue de la guerre, il s’engage dans une carrière de cinéaste et réalise son premier documentaire en 1980, House.

Amos Gitaï réside aujourd’hui à Haïfa et à Paris, mais travaille dans le monde entier. En 2015, il a réalisé près de 90 œuvres, de natures et de formats très variés.

Élu professeur à la chaire de Création artistique au Collège de France, Amos Gitaï donnera une série de 9 leçons sur le cinéma (octobre-décembre 2018) suivies d’un colloque en juin 2019.

Amos Gitai était étudiant en architecture, suivant les traces de son père, quand la guerre de Kippour a interrompu ses études. Il s’était mis à utiliser une petite caméra Super-8 au cours de ses missions en hélicoptère. Il est ensuite devenu cinéaste.

En près de quarante films, Amos Gitai a produit une œuvre extraordinairement variée où il explore l’histoire du Moyen Orient et sa propre biographie à travers les thèmes récurrents de l’exil et de l’utopie. A la fin des années 70 et au début des années 80, Amos Gitai livre plusieurs documentaires, parmi lesquels House / La Maison et Journal de campagne. C’est au cours de cette période qu’il soutient un doctorat en architecture à l’université de Berkeley, en Californie. Il faut ajouter aussi sa formation et sa vocation première d’architecte, dont les traces ne cesseront de se retrouver dans ses films.

Après la controverse née de la diffusion de Journal de campagne, Gitai s’installe à Paris en 1983, où il travaille pendant dix ans à des documentaires comme Ananas – une vision sarcastique de la culture et de la commercialisation des ananas par les multinationales – ou Brand New Day, un film qui suit la tournée d’Annie Lennox et du groupe Eurythmics au Japon.

C’est également au cours de cette période qu’il commence à mettre en scène des fictions sur le thème de l’exil comme Esther, Berlin-Jérusalem (Prix de la Critique à la Mostra de Venise) et la trilogie du Golem.

Au cours des années 90, à la suite de l’élection de Yitzhak Rabin comme Premier ministre, Gitai retourne s’installer à Haïfa. C’est le début de la période la plus fertile de sa carrière.

En dix ans, il réalise près de quinze films, fictions et documentaires. Devarim (1995) marque son retour dans son pays et ses retrouvailles avec la lumière et la géographie d’une ville (Tel-Aviv). C’est le premier volet d’une trilogie des villes qui se poursuit avec Yom Yom (Haïfa) et Kadosh (sur Mea Sharim, le quartier des religieux orthodoxes de Jérusalem).

Ce retour au pays est aussi un retour sur sa propre histoire : Gitai tourne Kippour (2000), une fiction inspirée par ses souvenirs de guerre.

Puis suivent Eden (2001) et Kedma (2002) qui remontent tous deux à la création de l’Etat d’Israël, pour mettre en scène son origine et ses fondements historiques et idéologiques.

Avec Alila (2003), Amos Gitai revient au présent de son pays et sonde l’état de la société israélienne contemporaine à travers les destins croisés des habitants d’un même immeuble.

Terre promise (2004) et Free Zone (2005) sont eux aussi ancrés dans l’actualité du pays et de toute sa région. Ils forment les deux premiers volets d’une trilogie sur les frontières, dans une zone où leur définition et leur fixation constituent un enjeu dramatique.

News from Home / News from House (2006), son tout dernier documentaire, poursuit l’enquête sur l’histoire d’une maison de Jérusalem Ouest et de ses habitants, à laquelle il avait déjà consacré deux films, House / La Maison en 1980 et Une maison à Jérusalem en 1998.

Plusieurs rétrospectives lui ont été consacrées récemment dans le monde et notamment en Espagne, au Brésil, en France (Centre Pompidou) et au Lincoln Center (New York).

En 2003, les éditions Gallimard ont publié son livre “Mont Carmel” dans la collection Haute Enfance.

Œuvre

Le parcours d’Amos Gitaï éclaire son œuvre. D’abord, il est l’héritier du sionisme des origines et de l’intelligentsia mitteleuropéenne, toile de fond marquée par les idées socialistes des pionniers de l’État juif et par la quête savante et esthétique. Gitaï fait aussi partie de la génération formée par les grands mouvements de la jeunesse contestataire des années 1960 : étudiant sur ce haut lieu de la contre-culture que fut le campus de Berkeley en Californie à la fin des années 1970, adolescent engagé et critique contre la politique de son pays, Amos Gitaï aura vécu personnellement ces expériences décisives.

Le critique de cinéma Serge Daney écrit :

« Gitaï veut que cette maison devienne à la fois quelque chose de très symbolique et de très concret, qu’elle devienne un personnage de cinéma. Il arrive l’une des plus belles choses qu’une caméra puisse enregistrer en direct : des gens qui regardent la même chose et qui voient des choses différentes. Et que cette vision émeut. Dans la maison à moitié éboulée, des hallucinations vraies prennent corps. L’idée du film est simple et le film a la force de cette idée. Ni plus ni moins. »

— Serge Daney, Libération, 1er mars 1982

Reconnaissance internationale

Amos Gitaï jouit d’une considérable reconnaissance internationale. Quatre de ses films ont été présentés en compétition au festival de Cannes (Kadosh, Kippour, Kedma, Free Zone), cinq autres à la Mostra de Venise (Berlin Jerusalem, Eden, Alila, Terre Promise, Ana Arabia).

Amos Gitaï met également en scène pour le théâtre, et a conçu des installations et expositions dans plusieurs musées (Kunsterke-Berlin, Biennale Evento-Bordeaux, Palais de Tokyo-Paris, Palazzo Reale-Milan, Museum of Modern Art-New York, Centre Pompidou, Cinémathèque française, musée Reina Sofia-Madrid…). De nombreuses rétrospectives intégrales de son œuvre ont été montrées dans le monde. En 2018, la Philharmonie de Paris reprend le 8 octobre, dans une distribution en partie renouvelée Barbara Hendricks, Gavriel Lipkind, Yaël Abecassis, Edna Stern, Sarah Adler, le spectacle créé au Festival d’Avignon en 2006 : « Yitzhak Rabin, chronique d’un assassinat ».

Prix

  • 2008 : Léopard d’honneur du 61e festival de Locarno pour l’ensemble de son œuvre
  • 2011 : Docteur honoris causa de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
  • 2005 : Prix Roberto Rossellini au festival de Cannes
  • 2013 : Prix Robert Bresson à la Mostra de Venise
  • 2014 : Prix Paradjanov

Distinctions

  • Officier des Arts et des Lettres
  • Chevalier de la Légion d’honneur

Filmographie

Longs métrages

 

Alila, 2003.

 

 

Amos Gitaï et Jeanne Moreau, tournage de Plus tard tu comprendras, 2008.

  • 1985 : Esther
  • 1989 : Berlin-Jérusalem
  • 1991 : Naissance d’un Golem
  • 1992 : Golem, l’esprit de l’exil
  • 1993 : Golem, le jardin pétrifié
  • 1995 : Devarim
  • 1998 : Yom Yom
  • 1999 : Kadosh
  • 2000 : Kippour
  • 2001 : Eden
  • 2002 : Kedma
  • 2003 : Alila
  • 2004 : Terre promise
  • 2005 : Free Zone
  • 2007 : Désengagement
  • 2008 : Plus tard tu comprendras (TV)
  • 2009 : Carmel
  • 2010 : La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres (TV)
  • 2011 : Roses à crédit (TV)
  • 2011 : Lullaby to my Father
  • 2013 : Ana Arabia
  • 2014 : Tsili
  • 2015 : Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin
  • 2017 : À l’ouest du Jourdain
  • 2018 : Un tramway à Jérusalem
  • 2018: Lettre à un ami de Gaza

Courts métrages

1972
Arts and Crafts and Technology
Details of Architecture
Black is White
Textures
La Géographie selon l’homme moderne et le contrôle de l’environnement
Souk / Dialogues de Femmes
Vagues (Galim / The Sea)
Windows in David Pinsky No 5
Souvenirs d’un camarade de la 2e Aliya
1973
Images de Guerre 1, 2, 3
Fire is Paper, Paper is Fire
Ahare
Talking about Ecology
1974
Images d’Après-Guerre
Shosh
Arlington U.S.A.
Maïm (Water)
Memphis U.S.A. (Faces)
Memphis U.S.A. (suite)
Pictures in the Exhibition
The International Orthodontist Congress
1975
Blowing Glass
Lucie
Ma mère au bord de la mer
1976
Charisma
1977
Dimitri
La Frontière
Political Myths
Shikun
Singing in Afula
Under the Water
1978
Architectura
Wadi Rushima
1979
Carter en visite en Israël
Cultural Celebrities
1994
Munio Weinraub Gitai Architect (1909- 1970)
2001
Surgeon General’s Warning
2002
11’09″01 – September 11 (segment)
2007
Le Dibbouk de Haïfa
2014
The Book Of Amos (segment)

Documentaires

  • 1980 : Bait (House)
  • 1980 : In Search of Identity
  • 1981 : American Mythologies
  • 1981 : Wadi
  • 1981 : Journal de campagne (Field Diary, Yoman Sade יומן שדה)
  • 1984 : Ananas
  • 1984 : Bankok Bahrain
  • 1984 : Reagan : Image for Sale
  • 1987 : Brand New Day
  • 1991 : Wadi, dix ans après
  • 1992 : Gibellina, Métamorphose d’une mélodie
  • 1993 : La Guerre des Fils de Lumière contre les Fils des Ténèbres
  • 1993 : Kippour, souvenirs de guerre
  • 1993 : Dans la vallée de la Wupper (In the Valley of the Wupper)
  • 1993 : Au nom du Duce (In the Name of the Duce)
  • 1994 : Queen Mary ‘87
  • 1994 : Donnons une chance à la paix
    1. Parcours politique
    2. Paroles d’écrivains
    3. Théâtre pour la vie
    4. Au pays des oranges
  • 1996 : L’Arène du Meurtre
  • 1996 : Milim/Mots
  • 1997 : Guerre et Paix à Vesoul (avec Elia Suleiman)
  • 1998 : Une Maison à Jerusalem
  • 1998 : Tapuz
  • 1998 : Zion, Auto-Emancipation
  • 2001 : Wadi Grand Canyon 2001
  • 2005 : News from Home / News from House
  • 2012 : Architecture en Israël / Conversations

Expositions, performances

  • Chronique d’un assassinat, spectacle théâtral au 72e festival d’Avignon, France, juillet 2016
  • Chronique d’un assassinat annoncé – Exhibition à la Fondation Lambert à Avignon, France, 3 juillet – 6 novembre 2016
  • Ways/Strade, Palazzo Reale, Milan, 2014-2015.
  • Amos Gitai biografias, Musée Reina Sofia, 2014 (commissaires : Jean-François Chevrier, Elia Pijollet).
  • Amos Gitai Architecte de la mémoire, Cinémathèque française (Paris), Musée de l’Élysée (Lausanne), Galerie des Beaux Arts (Bruxelles), 2014 (commissaire : Matthieu Orléan).
  • Before and After, galerie Thaddeus Ropac, Paris Pantin, 2014 et Villa Kast, Salzbourg, 2015.
  • Disaster / The End of Days (exposition collective), galerie Thaddeus Ropac, Paris, 2013.
  • Architecture de la mémoire, installation, Église des Frères prêcheurs, rencontres photographiques d’Arles, 201224.
  • Correspondence, Efratia Gitai – Letters, Museum of Art, Ein Harod, Israël, 2011.
  • Traces – Munio Gitai Weinraub, Museum of Art, Ein Harod, Israël, 2011.
  • Traces, installation au Palais de Tokyo, Paris, 2011.
  • Lullaby to my father, présentation vidéo au Kibboutz Kfar Masaryk, Israël, 2010.
  • Citations, Biennale Evento, Bordeaux, 2009
  • Munio Weinraub / Amos Gitai – Architecture und Film in Israël, Pinakothek der Moderne, ArchitekturMuseum, Munich, 2008-2009, Tel Aviv Museum of Art, 2009.
  • News from House News from Home, Kunstwerke Berlin, 2006.
  • Amos Gitai : Non-Fiction, MoMA (Museum of Modern Art), New York, 2008
  • Public Housing – video installation, Ein Harod Museum, Herzliya Museum, Saitama Museum of Modern Art.
  • Opening Chen Zen – Performance, Helena Rubinstein Pavillion, Tel Aviv, 1998.
  • Building for a working society, Exhibition in memory of his father Munio Gitai Weinraub, Israël Museum, Jerusalem, 1994.

Bibliographie

  • Amos Gitai, Galerie Enrico Navarra, éditions Sébastien Moreu, Paris, 2016
  • Amos Gitai architecte de la mémoire (par Serge Toubiana, Paul Willemen, Jean-Michel Frodon, Hans Ulrich Obrist, Annette Michelson, Marie-José Sanselme, Mathieu Orléan), Paris, Éditions Gallimard/Cinémathèque française, 2014
  • Jean-Michel Frodon, Amos Gitai et Marie-José Sanselme, Amos Gitai : genèses, Paris, Gallimard, , 397 p. (ISBN 978-2-070-77141-7, OCLC 470880898)
  • Efratia Gitai – letters, Yediot books, Israel, 2011
  • Efratia Gitai, Correpondance (1929–1994), Gallimard, Paris, 2010 • “Genèses”, Jean-Michel Frodon, Amos Gitai, Marie-José Sanselme, Éditions Gallimard, Paris, 2009
  • Amos Gitai : News from Home, Walther König, Köln, 2006
  • Cinema di Amos Gitai : Frontiere e territori (Il), Serge Toubiana, Bruno Mondadori, Torino, 2006
  • The Cinema of Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Lincoln Center / Cahiers du cinéma, Paris, 2005
  • Monte Carmelo, Amos Gitai, Bompiani, Milano, 2004
  • Amos Gitai, par Serge Toubiana, Mostra internacional de cinema / Cosac Naify, São Paulo, 2004
  • Exilios y territories, el cine de Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Semana Internacional de Cine, Valladolid, 2004
  • Parcours, Amos Gitai, Centre Pompidou, Paris, 2003
  • Mont Carmel, Amos Gitai, Gallimard, 2003
  • Exils et territoires : le cinéma d’Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Arte Éditions / Cahiers du cinéma, Paris, 2003
  • Amos Gitai, Cinema, Politics, Aesthetics, par Irma Klein, HaKibboutz Hameuhad, Tel Aviv, 2003
  • Amos Gitai, Cinema forza di pace, Edited by Daniela Turco, Le Mani, Genova, 2002
  • Ariel Schweitzer, « Esther ou le Pourim-Shpil d’Amos Gitaï », in Trafic, no 40, 2001
  • Munio Gitai Weinraub, Bauhaus architect in Israel, Richard Ingersoll, Electa, Milano, 1994
  • The War of the Sons of Light Against the Sons of Darkness, Amos Gitai, Mazzotta, Milano, 1993
  • The Films of Amos Gitai : A Montage, Paul Willemen (Ed.), BFI Publishing, London, 1993
  • Amos Gitai, Alberto Farassino (Ed), Mostra Internazionale Riminicinema, Rimini, 1989

Sources et illustrations :
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