Anne Sylvestre

« Qu’elle chante la terre, la nature, ses racines, les femmes, les hommes ou qu’elle s’engage sur des thèmes de société (le viol, l’avortement, les sans-abris, la misère), Anne Sylvestre navigue entre l’humour et le sérieux. Il en est de même pour ses fabulettes : thèmes imaginatifs, éducatifs voire engagés. »

Elle aurait dû devenir prof de latin et de littérature. Mais ses études de lettres achevèrent de lui donner envie de malaxer les mots. « J’ai toujours pensé qu’on faisait des chansons pour ne pas avoir à expliquer », précise Anne Sylvestre, interrogée par Jean-Baptiste ­Urbain. Elle évoque notamment une mère très musicienne, qui lui déconseille de prendre des cours de chant. « On lui avait cassé la voix en essayant de la caser dans une tessiture précise, alors qu’elle disposait d’une grande étendue vocale — dont j’ai hérité. » Elle qui, adolescente, « [s’]enchantai[t] pendant des heures avec des accords au piano » se forge « un larynx en inox » dans les cabarets, tout en allant « chaque soir pleurer dans les toilettes ». Son humour affleure en permanence. Lorsqu’elle raconte avoir décidé de parler un peu sur scène, entre deux morceaux, de crainte que le public ne pense qu’elle lui « fait la gueule » ; ou quand elle évoque Charles Trenet et Yvonne Printemps, qu’écoutaient ses parents : « Ça me fait drôle de citer ces ancêtres… » Laurence Le Saux. Publié le 24/12/2018 Source : Télérama

Anne Sylvestre, de son vrai nom Anne-Marie Thérèse Beugras, née le dans le sixième arrondissement de Lyon, est une chanteuse française, auteur-compositrice-interprète. Elle fut une chanteuse très populaire dans les années 1960 et 1970, se produisant à la télévision auprès d’artistes prestigieux de la chanson comme Georges Brassens, Barbara, Georges Moustaki, Boby Lapointe, et participant régulièrement à des émissions télévisées de Jean-Christophe Averty, ou Denise Glaser (Discorama).

Biographie

Fille d’Albert Beugras, bras droit de Jacques Doriot pendant l’Occupation à la tête du Parti populaire français, Anne Sylvestre est la sœur de l’écrivain Marie Chaix (et donc la belle-sœur de Harry Mathews). Anne Sylvestre passe son enfance à Tassin-la-Demi-Lune près de Lyon. Sa famille s’installe ensuite à Paris, où elle fait des études de lettres qu’elle délaisse pour se consacrer à la chanson. Anne Sylvestre a beaucoup souffert de l’attitude de son père, collaborateur sous l’occupation, elle en a ressenti de la honte comme elle l’exprime dans sa chanson Roméo et Judith.

Elle se déclare comme une femme moderne, pleinement en faveur de la démocratie. Néanmoins, par la suite, elle prendra rarement position, sinon pour soutenir les droits des femmes pendant les années 1960 et 1970, car elle considérait être plutôt une chanteuse, sans grands messages sur la société, sinon de s’inscrire dans la vie culturelle de son époque.

Ses débuts

Elle commence à chanter à la fin des années 1950 dans des cabarets comme « La Colombe » de Michel Valette, où elle fait ses débuts en 1957, puis au Cheval d’Or, La Contrescarpe, Le Port du Salut, Chez Moineau et aux « Trois Baudets » où elle chante jusqu’en 1962. C’est à la radio qu’elle commence à se faire un nom dès 1957. Son premier disque, un 17 cm, sort en 1959, et c’est avec Mon mari est parti qu’elle est véritablement remarquée. Elle enchaîne les disques. On la compare parfois à Brassens en raison de la qualité remarquable de ses textes, et parce qu’elle s’accompagne, comme lui, à la guitare. Elle reçoit le prix de l’Académie de la chanson française en 1960.

En 1962, elle se produit pour la première fois à Bobino en première partie de Jean-Claude Pascal et à l’Olympia en première partie de Gilbert Bécaud, prestations saluées par la presse. La même année, Georges Brassens, qui est dans la même maison de disques qu’elle, écrit un texte élogieux au verso de la pochette de son deuxième 25 cm, où il dit notamment : « On commence à s’apercevoir qu’avant sa venue dans la chanson, il nous manquait quelque chose et quelque chose d’important. » En octobre de cette même année sort un 45 tours avec ses premières chansons pour enfants les Fabulettes.

Premiers disques

En 1963, elle sort son premier 33 tours. Elle reçoit pour ses chansons le Grand Prix international du disque de l’Académie Charles-Cros, quatre fois entre 1963 et 1967.

En 1968, elle quitte la maison de disques Philips pour Gérard Meys, maison de production nouvellement créée ; l’année suivante elle y enregistre avec Boby Lapointe un duo plein d’humour qu’elle a écrit : Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant. Elle rompt avec Meys en 1971 et se retrouve alors sans producteur. Après deux ans sans production, elle est invitée par Salvatore Picciotto à remonter sur scène au Théâtre des Capucines en 1973. Le succès qu’elle obtient auprès du public la convainc de monter sa propre maison de disques, Sylvestre, en distribution chez Barclay. Le premier album produit sous son propre label est Les Pierres dans mon jardin en 1973.

En 1974 sort le livre de sa sœur Marie Chaix intitulé Les Lauriers du lac de Constance qui traite de l’histoire de leur père Albert Beugras, bras droit de Jacques Doriot pendant l’Occupation à la tête du Parti populaire français, qu’elle n’a jamais évoqué directement dans ses chansons.

Entre 1975 et 1986, elle produit cinq albums de chansons pour adultes et chante pour la première fois en 1985 sans sa guitare, mais accompagnée de plusieurs musiciens. Elle fait son premier enregistrement en public à l‘Olympia en 1986 et monte en 1987 un spectacle avec Pauline Julien, Gémeaux croisées, créé en Belgique et objet d’une tournée en France et au Québec.

En 1989, elle joue et chante au Bataclan dans le spectacle La Ballade de Calamity Jane, pièce de Jean-Pierre Léonardini, dont elle a écrit les chansons.

Entre 1990 et 1992, son spectacle Détour de chant lui fait parcourir l’Europe et la mène jusqu’au Canada. À cette occasion, elle est accompagnée par Philippe Davenet au piano.

Ses influences

Souvent invitée par la jeune génération elle se produit fréquemment avec ceux et celles qui se réclament de sa filiation commeYves Jamait lors des Bars à Jamait, Renan Luce aux Musik’elles, Agnès Bihl à la Fête de l’Humanité, Nicolas Bacchus, Amélie les Crayons, Aldebert sur le spectacle Enfantillages ou Les Ogres De Barback pour fêter avec eux leur 20 ans de carrière sur la scène de l‘Olympia.

Elle a obtenu, comme d’autres grands de la chanson française (Alain Souchon, Yves Simon, Maxime Le Forestier, Georges Moustaki, etc.) la médaille de vermeil de l’Académie française.

Toujours prête à de nouvelles aventures, elle participe en 2010 à la création du spectacle Bêtes à Bon Dieu, coproduit par le Hall de la chanson dirigé par le comédien-chanteur Serge Hureau.

En janvier 2011 elle se produit à l’Européen pour 4 soirs. Intitulé Au plaisir !, le spectacle avec Nathalie Miravette comme pianiste accompagnatrice se joue à guichets fermés, et se prolonge à la Cigale, le 7 mai, et au Trianon, le 11 octobre 2011.

Au printemps 2012, Anne Sylvestre et Agnès Bihl créent Carré de dames où elles entremêlent leurs répertoires en compagnie de leurs pianistes respectives (Nathalie Miravette et Dorothée Daniel) qui chantent également.

En 2013, Anne Sylvestre se joint aux ogres de Barback pour l’enregistrement du troisième album de Pitt Ocha.

En 2014, à la suite de trois dates à La Cigale en janvier, Anne Sylvestre est annoncée au Printemps de Bourges, aux Francofolies de La Rochelle. ainsi qu’au Festival Georjacléo de Vianne.

Le 13 novembre 2015, le petit-fils de la chanteuse, le musicien Baptiste Chevreau, âgé de 24 ans, fait partie des 90 victimes de l‘attentat du Bataclan à Paris.

 

Écrire pour ne pas mourir
Écrire sagesse ou délire
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce qui m’a blessée

Dire tout ce qui m’a sauvée
Écrire et me débarrasser
Écrire pour ne pas sombrer
Écrire au lieu de tournoyer
Écrire et ne jamais pleurer
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le coeur au chaud

 
Sources et illustrations :
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