Araki Nobuyoshi  photographe libertaire

Artiste extrêmement prolifique, Araki a essentiellement diffusé son œuvre sous forme d’albums. Figure du monde des médias et de la culture au Japon, il a publié aussi de très nombreux essais et interviews. Il utilise régulièrement comme signature la graphie Arākī アラーキー qui évoque en japonais le mot « anarchie » (anākī).

«Pour moi, la photographie, c’est la naissance du désir.» Nobuyoshi Araki

Biographie

Nobuyoshi Araki est né à Tokyo en 1940 et son père lui a offert son premier appareil quand il n’avait que 12 ans. Il a étudié la photographie et le cinéma à l’Université Chiba et débuté dans la photo publicitaire une fois son diplôme en poche. En 1970, il a créé ses fameux Xeroxed Photo Albums, produits en éditions limitées puis envoyés à ses amis, à des critiques d’art, et à des gens qu’il avait sélectionnés au hasard dans un annuaire téléphonique. Au fil des années, ses photos audacieuses et sans complexes de sa vie privée ont déclenché polémiques et censure, ce qui n’a pas empêché l’artiste de gagner en influence. À ce jour, Araki a publié plus de 400 livres de photos.

Diplômé du département d’ingénierie de l’université de Chiba en 1963, avec une spécialisation en photo et mise en scène de cinéma, il commence sa carrière de photographe dans l’agence de publicité Dentsū. Dès 1964, il reçoit le prix Taiyō pour « Satchin », une série de photographies d’enfants. En 1971, il épouse Aoki Yōko. Dans la foulée, il publie à ses frais Voyage sentimental, qui documente, à mi-chemin entre réalité et fiction, son mariage et sa nuit de noces. En 1972, il quitte Dentsū et réalise plusieurs projets entre Mail art et performance.

En 1974, il fonde avec Fukase Masahisa, Tōmatsu Shōmei, Hosoe Eikō et Moriyama Daidō l’école de photographie Workshop.

En 1977, il quitte le quartier de son enfance pour s’installer à Komae dans la banlieue ouest de la capitale. En 1982, il déménage de nouveau pour Gōtokuji dans l’arrondissement de Setagaya où il réside depuis. En 1979, il se rend pour la première fois à New York pour une exposition, mais ce n’est qu’à partir de 1985 qu’il commence à exposer régulièrement à l’étranger. Entre 1988 et 1993, son travail fait l’objet de différentes mesures de police, la représentation des organes génitaux et des poils pubiens étant alors considérée comme « obscène » au sens de la loi japonaise. Les différentes polémiques qui ont suivi ont contribué à une application plus tolérante de la loi dans le cas des productions artistiques et du porno soft.

En 1990, son épouse Yōko meurt d’un cancer de l’utérus. Ce drame personnel confère à son travail une noirceur qui restera sensible pendant plusieurs années.

En 2006, plusieurs cocktails molotov sont lancés sur le musée de la photographie à Charleroi (Belgique) où est alors accroché un nu du photographe2.

En 2010, Araki annonce qu’il est atteint d’un cancer de la prostate.

 

 

Exposition des photos d’Araki à Francfort.

Analyse de l’œuvre

Les thèmes des photographies de Araki sont avant tout Tokyo, le sexe et la mort. Araki considère que la photographie est liée au sexe et à la mort, deux pulsions qui sont pour lui inséparables. Il photographie aussi beaucoup de femmes nues, à commencer par son épouse. Pour lui, la nudité est dans le portrait et non dans le corps. Il photographie aussi des fleurs, métaphore du sexe féminin. Dans son ouvrage Love Hotel, paru en 2004, il expose les situations qui l’ont poussé à photographier des femmes nues.

Beaucoup de ses photographies sont datées, manière de signifier une adhérence de la photographie au présent qu’elle documente. Mais Araki sait aussi brouiller cette relation de la photographie à un présent-passé, par exemple en trichant sur les dates.

Ses travaux lui ont apporté une grande notoriété auprès du public japonais et international : ses photos sont la plupart du temps accompagnées de textes sur le mode d’un journal intime. Bien qu’Araki ait toujours contesté sa qualité d’artiste au sens romantique du terme, ses œuvres s’inscrivent dans l’art des avant-gardes de sa génération.

Araki a inauguré un genre de démarche photographique inédit, où l’objectif suit au plus près la vie de l’artiste dans une veine auto-fictive agencée avec une grande maîtrise. C’est, avant l’heure, une brèche dans ce médium originellement cloisonné, dont bien des photographes plasticiens ou des artistes contemporains suivront la trace à commencer par Sophie Calle, Nan Goldin ou Roman Opalka.

“Le travail artistique d’Araki parcourt une multitude de sujets – scènes de rue à Tokyo, fleurs, visages féminins – mais il est particulièrement connu pour ses photos de bondage érotique, qui lui valent d’être qualifié de pornographe, et même de misogyne. Certains de ces clichés, comme ceux qui sont rassemblés dans le livre TASCHEN Tokyo Lucky Hole, montrent des orgies privées, l’industrie du sexe et les sous-cultures liées au bondage (notamment un salon où les hommes s’allongent dans des cercueils pour se faire masturber à travers un trou), et ont contribué à sa réputation d’agent provocateur, qui explore la frontière subtile entre art et pornographie.

Pourtant, replacé dans le contexte historique des shunga, les gravures érotiques traditionnelles, et du kinbaku-bi, un style de bondage japonais employant des cordes, le travail d’Araki prendre une résonnance culturelle plus profonde, et véhicule une réflexion sur l’érotisme sous-jacent de la société japonaise. Les livres TASCHEN, en édition Collector format sumo, en édition d’art ou dans notre collection Bibliotheca Universalis, abordent ses images de parties génitales et des femmes attachées sous le prisme du kinbaku, comme l’expression du désir féminin et une exploration des liens entre amour et mort en photographie. Aussi scandaleux qu’ils soient, les clichés intimes de femmes réalisés par Nobuyoshi Araki, souvent en saisissants monochromes noir et blanc, feront un livre de chevet provocateur – et addictif.” Taschen

Araki et la mort.

“Il faut donc se méfier un peu de la machine médiatique bien rodée qu’est Araki, (il a publié plus de 450 livres au Japon), tout en ne boudant pas le talent du photographe qui a su rendre l’esthétique de la vie imprégnée de mort, de sexe, de futilité, de profondeur, d’impermanence et d’inconséquence, tout ceci dans une confusion inextricable. Araki semble très intime avec cette proximité de la mort/impermanence en toute chose, c’est l’extraordinaire force de son travail.”

Bibliographie

  • Araki Nobuyoshi, Love Hotel (trad. K. Chesneau), éd. Denoël, 2004 (ISBN 2207254119)
  • Araki : moi, la vie, la mort, Phaidon, 2007
  • Araki, éd. Taschen, 2007
    (ISBN 3822838233)
  • Araki Gold, éd. Skira, 2008 (ISBN 978-88-6130-494-9)
  • Philippe Forest, Araki enfin. L’homme qui ne vécut que pour aimer, Gallimard, 2008
  • Jérôme Neutres, Araki Nobuyoshi, Gallimard, 2016
Sources et illustrations :
Taschen
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