« Rien n’est trop petit pour mériter d’être mentionné, rien n’est trop grand qui doive effrayer »

Arundhati Roy est née à Shillong, dans l’État du Meghalaya (Inde). Son père est Rajib Roy, bengali hindou originaire de Kolkata et gestionnaire d’une plantation de thé, et sa mère Mary Roy, chrétienne syriaque malayalie et militante des droits des femmes originaire du Kerala. Ses parents divorcent quand elle a deux ans et elle retourne vivre avec sa mère et son frère au Kerala.
Arundhati Roy va à l’école Corpus Christi de Kottayam puis la Lawrence School de Lovedale au Tamil Nadu. Elle étudie ensuite l’architecture à l’École d’aménagement et d’architecture ( School of Planning and Architecture) de Delhi où elle rencontre l’architecte Gerard da Cunha. Arundathi Roy et da Cunha vivent ensemble à Delhi puis Goa avant de se séparer. Arundathi Roy retourne alors à Delhi où elle obtient un poste à l’Institut national des Affaires urbaines (National Institute of Urban Affairs). En 1984, elle écrit le scénario du film Massey Sahib en collaboration avec le réalisateur Pradip Krishen qui deviendra son mari. Ils collaborent ensuite sur une série télévisée qui porte sur le mouvement pour l’indépendance de l’Inde et sur deux films, In Which Annie Gives It Those Ones et Electric Moon. Déçue par le monde du cinéma, Arundathi enchaîne plusieurs emplois et se sépare de Krishen. Elle vit aujourd’hui à Delhi.

Dans son roman, Le Dieu des Petits Riens, publiée en 1997, qui lui permet de poursuivre sa carrière dans l’écriture, elle nous livre un texte percutant, violent, poétique, onirique. Dès les premières pages nous apprenons la nature du drame. le récit n’est pas linéaire comme les souvenirs lorsqu’ils remontent par bribes, sans logique apparente. Regards d’enfants emprunts de spontanéité, de créativité puis meurtris par la réalité des adultes. Pendant presque 400 pages, l’auteur nous plonge dans les profondeurs d’âme de ses personnages. Le livre est inspiré de sa vie et une grande partie est basée sur ses expériences d’enfance au Kerala. Un très beau roman qui rend Arundathi Roy célèbre à travers le monde. Le livre reçoit le prix Booker en 1997 et fait partie de la liste des livres remarquables du New York Times la même année. Le livre est également un succès commercial : Publié en mai, il est vendu dans 18 pays et il atteint la quatrième place sur la New York Times Best Seller list pour la fiction indépendante.

Militantisme

Arundhati Roy est aussi connue pour son activisme pacifiste. Son premier essai, intitulé The End of Imagination (La Fin de l’imagination), était une réaction aux tests nucléaires indiens de Pokharan au Rajasthan. Suivront The Greater Common Good (Le plus grand bien commun), contre la politique des grands barrages menée par le gouvernement indien, et The Reincarnation of Rumpelstiltskin (La réincarnation de Rumpelstiltskin), qui analyse la privatisation des canaux de distribution de choses essentielles comme l’eau et l’électricité.

Elle défend l’idée d’après-développement et a participé à sa conceptualisation, ainsi elle a participé à plusieurs forums sociaux, notamment celui de Mumbai (2004).

En mars 2002, elle est condamnée par la Cour suprême indienne pour avoir dénoncé la décision de justice autorisant la construction d’un barrage sur la Narmadâ, condamnation symbolique d’un jour de prison et de 2000 roupies (35 € au cours de février 2004). En 2004, Arundathi Roy reçut le prix Sydney de la Paix pour son engagement dans des campagnes sociales et son appui au pacifisme. En 2005, elle participa au Tribunal mondial sur l’Irak.

Le 29 mars 2010, le magazine indien Outlook publie le récit de sa visite dans les zones contrôlées par la guérilla naxalite. Ce récit qui veut apporter au public les raisons de cette lutte connaît un écho national et international. Le 7 mai le ministère de l’Intérieur indien et la police de l’État du Chhattisgarh annoncent avoir enregistré une plainte à l’encontre de l’auteure, pour violation des dispositions du CSPSA (loi spéciale de sécurité publique du Chhattisgarh). Une pétition internationale de soutien a été lancée par la Confédération des ouvriers de Turquie en Europe (ATIK).

Vingt ans après son roman “Le Dieu des Petits Riens“, Arundhati Roy, l’intellectuelle contestataire et écrivaine indienne revient en 2017, avec un second roman intitulé “The Ministry of Utmost Happiness” (“Le Ministère du Bonheur Maximal” en français), publié en anglais aujourd’hui.

L’Inde entre deux sexes d’Arundhati Roy

Après deux décennies occupées par son militantisme sur le terrain, Arundhati Roy retourne au royaume de l’imagination avec un second roman “The Ministry of Utmost Happiness” (“Le Ministère du Bonheur Maximal” en français), que ses lecteurs désespéraient de tenir un jour entre leurs mains. “Lorsque j’écris de la fiction, j’ai une relation très apaisée avec, au sens où je n’éprouve pas le besoin de me presser“, expliquait l’auteure, désormais âgée de 55 ans, dans un entretien au quotidien The Hindu.

Rédigé dans le plus grande discrétion pendant dix ans, “The Ministry of Utmost Happiness” (éd. Penguin en Inde, Hamish Hamilton en Grande-Bretagne, Knopf aux États-Unis) parut le mardi 6 juin 2017 dans le monde anglo-saxon où sa sortie a constitué un événement littéraire.

Avec pour point de départ le destin d’un hijra (transsexuel) des d’Old Delhi, il trace une histoire de la violence publique et intime de ce pays d’Asie du Sud, allant de la fronde contre un barrage sur la rivière Narmada aux sanglantes émeutes du Gujarat de 2002, de l’insurrection au Cachemire à la montée du fondamentalisme hindou.

Le Ministère du bonheur suprême est à ce jour, traduit de l’anglais (Inde) par Irène Margit, et est publié chez Gallimard.

“Le Ministère du Bonheur Suprême nous emporte dans un voyage au long cours, des quartiers surpeuplés du Vieux Delhi vers la nouvelle métropole en plein essor et, au-delà, vers la Vallée du Cachemire et les forêts de l’Inde centrale, où guerre et paix sont interchangeables et où, de temps à autre, le retour à «l’ordre» est déclaré. Anjum, qui fut d’abord Aftab, déroule un tapis élimé dans un cimetière de la ville dont elle a fait son foyer. Un bébé apparaît soudain un peu après minuit sur un trottoir, couché dans un berceau de détritus. L’énigmatique S. Tilottama est une absence autant qu’une présence dans la vie des trois hommes qui l’aiment.
Cette histoire d’amour poignante et irréductible se raconte dans un murmure, dans un cri, dans les larmes et, parfois, dans un rire. Ses héros sont des êtres brisés par le monde dans lequel ils vivent, puis sauvés, réparés par l’amour et l’espoir. Aussi inflexibles que fragiles, ils ne se rendent jamais.
Ce livre magnifique et ravageur repousse les limites du roman dans sa définition et dans sa portée. Vingt ans après Le Dieu des Petits Riens, Arundhati Roy effectue un retour époustouflant à la fiction. ”

Les déclarations engagées d‘Arundhati Roy et ses essais au vitriol font régulièrement fracas dans le débat public de son pays. Ses remarques sur la poigne de fer de l’Inde dans la région poudrière du Cachemire, ou ses semaines de reportage auprès des guérilleros maoïstes des forêts du centre du pays, lui valent des haines tenaces. L’écrivaine est abonnée aux tribunaux, et a même effectué un très bref séjour en prison.

Il y a une sorte de construction de la terreur
Depuis l’arrivée au pouvoir du nationaliste hindou Narendra Modi, Arundhati Roy dit regarder avec inquiétude la montée conjointe d’un discours identitaire et de violences politico-religieuses. “Actuellement, l’Inde se trouve au bord d’un grand danger”, déclarait-elle à The Hindu. “Il y a une sorte de construction de la terreur ici dont nous n’avons toujours pas pris la mesure.”

Sources :

 

 

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