Barbara

 Elle fut dès la fin des années 1950 la première auteure-compositrice-interprète à chanter au féminin les méandres de la passion amoureuse…

Des cours de chant à l’essoufflement dont témoigne son dernier disque, la voix de Barbara a traversé différentes phases : limitée, expressive, éclatante et brisée.

Lorsque fin 1997, disparaît Barbara (elle disait détester le mois de novembre), on sent bien que c’est toute une période de la chanson française qui s’achève. Avec les Brassens, Brel, Piaf et autre Ferré, Barbara symbolisait en fait cette génération issue du cabaret. Faite d’abord pour la scène, et non pour le disque, cette race d’artiste entretenait avec son public une relation intime et forte. Il ne s’agissait pas de « starmania », mais simplement d’amour réciproque. C’est pour son public que Barbara avait écrit : « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ».

Barbara (ou Barbara Brodi à ses débuts), née Monique Andrée Serf le dans le 17e arrondissement de Paris et morte le à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est une auteure-compositrice-interprète française.

Sa poésie engagée, la beauté mélodique de ses compositions et l’émotion profonde qui se dégageait de sa voix lui assurèrent un public fidèle quarante ans durant. Nombre de ses chansons sont devenues des classiques de la chanson française, notamment : Une petite cantate, Dis, quand reviendras-tu ?, Nantes, Göttingen, La Dame brune, L’Aigle noir, Marienbad ou encore Ma plus belle histoire d’amour.

Barbara a joué dans trois films pour le cinéma et dans deux pièces musicales sur scène : Madame en 1970 et Lily passion (avec Gérard Depardieu) en 1985.

Depuis 2010, le Prix Barbara récompense chaque année une jeune chanteuse francophone.

Entrée à l’École supérieure de musique, elle suit, dès 1947, la classe de Gabriel Paulet. Elle travaille les mélodies de Duparc, Fauré‚ ou Debussy. Pour gagner sa vie, elle se fait engager comme mannequin-choriste dans « Violettes Impériales » dont Marcel Merkès est la vedette au Théâtre Mogador de Paris. À cette époque, elle écoute Mireille, Édith Piaf, découvre Charles Trenet et commence à ébaucher elle-même des chansons.

En 1949, elle rencontre Jean Wiener qui l’envoie auditionner chez les frères Prévert. Pierre Prévert dirige alors la « Fontaine des Quatre Saisons », cabaret parisien de la rue de Grenelle. Malheureusement, ses spectacles y sont boudés. Pour l’aider, Prévert lui offre un emploi de plongeuse. Elle y voit se produire Boris Vian et Mouloudji.

De 1950 à 1952, elle séjourne à Bruxelles, dans des conditions parfois difficiles, et rencontre des peintres et écrivains qui vivent dans une vieille et belle maison qu’ils ont transformée en ateliers et en salle de concert. Ils lui installent un piano afin qu’elle puisse chanter en public.

Après cette expérience, elle ouvre un cabaret « Le Cheval blanc« . Mais faute d’argent, elle rentre à Paris. Elle auditionne à « l’Écluse » où elle est engagée pour huit jours.

En 1954, elle présente un tour de chant chez « Moineau« . Elle a ajouté à son répertoire des chansons de Léo Ferre ou Pierre Mac Orlan, et même les premières de Georges Brassens.

L’année 57 voit l’enregistrement d’un 45 tours à Bruxelles, « Mon pote le gitan » et « l’Œillet blanc« . Barbara interprète en public ses premières compositions en 1959 : « J’ai troqué » ou le célèbre, « Dis quand reviendras-tu« .

Premier disque à 30 ans

En 1960, elle sort chez le label Odéon un disque où elle chante Brassens et qui obtient le grand prix du disque et le prix d’interprétation. De tours de chant en sorties de disques (le label Philips publie en 63 un 30 cm avec ses propres compositions « Barbara chante Barbara »), elle fait la première partie de Georges Brassens en décembre 64 à Bobino. Elle est enfin révélée au grand public.

Le 14 mars 1965, son disque « Barbara chante Barbara » est primé par l’Académie Charles-Cros. À la fin de la cérémonie au Palais d’Orsay, elle déchire son diplôme en quatre pour en remettre les morceaux aux techniciens en signe de gratitude. Bobino, où elle chante en vedette à partir du 15 septembre, est un grand succès. C’est après ce spectacle qu’elle écrit « Ma plus belle histoire d’amour« , déclaration destinée à son public.

Elle effectue une tournée européenne en 1967 et enregistre même un disque en allemand qui sera par ailleurs un échec commercial.

À la demande de Lucien Morisse, directeur de la station de radio Europe1, Barbara donne le 22 janvier 1968 un récital unique à l’Olympia retransmis en direct. L’année d’après, elle renoue avec cette salle pour un spectacle où Georges Moustaki vient la rejoindre pour chanter leur célèbre duo « la dame brune« .

En 1970, l’écrivain Rémo Forlani écrit « Madame« , pièce de théâtre dans laquelle Barbara joue le rôle d’une prostituée partie à la recherche d’un amour en Afrique. Elle en compose la musique. Malheureusement, le spectacle est un échec, mais donne cependant lieu à un album orchestré par Jean-Claude Vannier. La même année, sort un autre album, « L’Aigle noir« , succès de l’été.

Rencontré au début des années 50, Jacques Brel lui demande de venir tourner le film « Franz » avec lui. En 1971 donc, elle écrit le thème du film, « Églantine« . Elle enregistre aussi un nouvel album intitulé « La Fleur de l’amour« .

En 1972, la chanteuse débutante Catherine Lara écrit deux titres pour Barbara. Puis l’année suivante, c’est William Sheller qui orchestre l’album « La Louve » sur des textes de François Wertheimer. Le titre « Marienbad », dont la partition est écrite par Sheller, est un immense succès, repris par toutes les radios françaises. Elle quitte aussi Paris et va désormais habiter à la campagne, à Précy (Seine-et-Marne).

Elle fait sa rentrée parisienne au Théâtre des Variétés à Paris au début de 1974. Puis elle tourne en Europe et en Israël. Elle continue de mener une vie itinérante jusqu’en 1977.

L’année suivante, François Reichenbach réalise un film sur le spectacle qu’elle présente pendant un mois à l’Olympia en février.

Récital triomphal à Pantin

Son nouveau disque, « Seule », sort en février 1981. Puis le 28 octobre, c’est la « générale » du célèbre récital de Pantin (en banlieue parisienne). C’est un triomphe. Des barrières sont installées devant la scène pour empêcher les spectateurs de l’envahir.

Le 22 décembre 1982, elle reçoit du ministre de la Culture français, Jack Lang, le Grand Prix national de la Chanson française. Cette année-là, elle commence à préparer un spectacle étonnant, « Lily Passion » avec le comédien Gérard Depardieu, qu’elle avait rencontré dès 79. C’est en fait quatre ans plus tard que le « Drame cruel et tendre » comme le nomme la brochure de présentation, est créé au Zénith de Paris.

Le 8 juillet, elle est invitée par le grand danseur Mikhail Baryshnikov, à venir chanter au Metropolitan Opera de New York alors qu’il improvise une chorégraphie sur des chansons comme « Pierre » ou la « Cantate« .

La « Dame en noir », comme on la nomme dorénavant, revient au Châtelet en 1987, où elle crée la chanson « Sid’amour à mort« , témoignage de sa préoccupation pour les problèmes de son temps et en particulier pour le sida. Elle reprend ensuite une tournée au Japon et au Canada.

Elle rencontre aussi l’homme politique Jacques Attali qui lui écrit une chanson « Coline« , sur une musique de Franz Schubert.

En 1990, reconnue comme une des plus grandes voix de la chanson française au style de chant à la fois maniéré et dramatique, mais aussi comme auteur-compositeur exceptionnel, elle commence une série de concerts à Mogador à Paris. En 1993, après un passage à vide dû à des problèmes de santé, elle reprend le chemin de la scène au Châtelet, mais doit abandonner le spectacle après quelques jours, sa respiration étant trop difficile. Ce récital fait cependant l’objet d’un disque dans lequel tout l’amour qu’elle porte à son public, et inversement, transparaît.

C’est en 1996 que Barbara retourne en studio pour un dernier album, « Barbara 96″. Elle convie de grands musiciens comme le violoniste Didier Lockwood ou l’accordéoniste Richard Galliano, l’organiste Eddy Louiss ou le chanteur, Jean-Louis Aubert. Pour les textes, Barbara s’entoure d’auteurs confirmés tels Frédéric Botton et Luc Plamondon, mais interprète aussi un texte écrit par le jeune comédien Guillaume Depardieu, « À Force de ». En dépit d’un accueil public et critique toujours excellent, la chanteuse ne retrouve pas la scène en raison des problèmes respiratoires qui ne lui permettent plus cet effort.

Réfugiée dans sa maison de Précy-sur-Marne, Barbara commence alors à écrire ses mémoires. En dépit d’une immense discrétion, elle reste très au courant de la vie du monde et s’investit dans de nombreuses causes. Jusqu’au bout, elle soutient ardemment l’action de l’association de lutte contre le sida, Act-Up, à qui elle cède, en 96, la totalité des droits de la chanson « Le Couloir« . Elle se consacre également au sort des détenus dans les prisons qu’elle visite régulièrement et ouvre même une ligne téléphonique confidentielle pour répondre aux personnes en détresse de jour comme de nuit. Mais, sa générosité se vérifie au sein même de son village puisqu’elle participe souvent à la vie de Précy, et n’hésite pas à cuisiner pour les enfants ou à offrir nombre cadeaux pour les arbres de Noël.

Hospitalisée le 24 novembre 97, elle meurt le 25 suite aux problèmes respiratoires qui l’handicapaient depuis des années. Son décès est ressenti comme un choc par son public qui du jour au lendemain se sent orphelin. Deux mille personnes, essentiellement des anonymes se pressent à ses obsèques, le 27 novembre dans le carré juif du petit cimetière de Bagneux en banlieue parisienne.

Mettre en scène les mots et les nuances

Elle ne recherche pas la prouesse vocale. Ce qui lui importe, c’est la musique, que la mélodie accompagne parfaitement le sens de chaque mot. Et si les constructions harmoniques de ses compositions peuvent paraître simples, elles sont pourtant taillées sur mesure, épousant parfaitement les contours de sa voix.

Dans la chanson Nantes, par exemple, la mélodie commence en la bémol majeur, une tonalité plutôt douce, avec laquelle sa voix s’élève comme dans un murmure, une berceuse aux paroles tristes mais simples (Il pleut sur Nantes – Donne moi la main – Le ciel de Nantes – Rend mon cœur chagrin). Puis le chant se fait fort, grave, la mélodie bascule dans une tonalité éloignée et plus dramatique (fa # mineur), et la voix ne berce plus. Au contraire, elle raconte avec précision et violence la mort d’un père.

Sources et illustrations :
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