Constant Rey-Millet artiste savoyard, artiste phare

Nombreux sont ceux qui l’ont connu, parmi les peintres et les écrivains de son époque, que ce soit en Savoie, à Paris ou dans le midi de la France : on retrouve sa correspondance Giacometti, Giono, Auberjonois, Cingria, Matisse, Picasso, Braque, Dubuffet, Paulhan, Eluard, Richier, RamuzConstant Rey-Millet était l’un des êtres les plus passionnants et les plus déchirants qui soient, écrivait Balthus en 2000.

Le conservatoire d’art et d’histoire d’Annecy lui a consacré une rétrospective en 2000 réunissant cent soixante œuvres du peintre. Cet hommage a permis de tirer de l’oubli l’une des personnalités artistiques savoyardes les plus importantes du XXe siècle.

Biographie :

Né en 1905 dans une famille catholique aisée, Constant Rey-Millet fréquente l’Institut Florimont, collège situé à Genève. Il est enthousiasmé par les auteurs qu’il y découvre: Charles Baudelaire, Paul Claudel, Rimbaud, Léon Bloy, Ramuz… Il y se lie d’amitié avec d’autres jeunes élèves, Paul Gay, Jean Dunoyer ou encore Charles Bosson. À cette époque, il dessine beaucoup.

Une santé fragile l’oblige à rester chez lui. Cet immobilisme lui permet de dévorer de nombreuses œuvres littéraires. Son père lui installe un petit atelier près du jardin, au milieu des arbres fruitiers. Il prend modèle sur Cézanne, Matisse, Klee, Braque, Picasso, grâce aux livres et aux revues qu’il possède et réalise ainsi ses premières peintures.

Avec deux de ses amis, Paul Gay et Jean-Marie Dunoyer, il fonde une revue, au titre provocateur, Le Taudis. 23 numéros paraîtront entre juin 1925 et mars 1928. Le frontispice, une gravure, de sa main l’inaugure, suivi d’une étude sur C. F. Ramuz : C’est le salut d’une barque de Savoie, le salut des voiles bruissant de vent contre les eaux du lac que j’apporte au grand poète vaudois. À la suite de cette publication, Ramuz vient lui rendre visite à La Tour. Ainsi naîtra entre les deux hommes une amitié.

Gino Severini, futuriste que le temps a assagi et son essai Du cubisme au classicisme l’influencent. En 1927, il passe l’année aux Beaux-Arts de Genève où il rencontre de nombreux peintres suisses romands. L’année suivante, il commence à peindre des scènes populaires inspirées de la vie de sa région natale. En 1934-1935, il réalise pour son ami Paul Gay ce que l’on appellera le Salon de Saint Jeoire, ensemble de six grandes huiles sur toile dont l’œuvre principale, La Beauté sur la Terre, est un hommage à C. F. Ramuz.

Un peu avant, en 1932, Rey-Millet avait commencé une correspondance avec le poète suisse Gustave Roud, dont il admire beaucoup l’œuvre. D’une manière générale, il faut signaler que Rey-Millet écrivait aussi très bien, toute sa correspondance (inédite) en témoigne.

En 1937, il est élu maire de son village natal, fonction dont il démissionne en 1940 afin de ne pas collaborer avec le régime de Vichy. Pendant ces années, il reçoit nombre de ses amis dans son village, notamment Ramuz (qui l’appelle alors le syndic), Giono (qu’il conduira alors chez Ramuz, occasionnant l’unique rencontre entre les deux écrivains), Cingria, les familles Stravinski et Severini ainsi que des peintres et écrivains de Suisse romande.

En 1940, Constant Rey-Millet part vivre à Collioure, puis à Aix-en-Provence. Il se marie avec Yvonne Rosengart en 1941. Le couple aura deux enfants, Christian et Yves-Jacques. Pendant la période de la guerre, il fera notamment la connaissance de Matisse à Nice, Bonnard au Cannet et Picasso à Paris.

En mars 1945, il s’installe à Paris, 179, avenue Victor-Hugo, où il fréquente, jusqu’en 1950, Balthus, Giacometti, Dubuffet, Ponge…

Les parents de sa femme achètent une propriété en Floride. Il y vivra la moitié de l’année jusqu’en 1950. Excédé par les mondanités et les «bouffeurs de chewing-gum» – dont il s’entête à ignorer la langue (il sait hocher la tête en anglais, notait Paul Gay) – il s’intéresse aux Indiens et aux descendants des esclaves noirs: les survivants des «peuples assassinés (dixit Etiemble) en passe d’être acculturés par leurs envahisseurs», écrit Dunoyer. C’est le début de sa période «séminole», inspirée par les tribus indiennes des Everglades. Son ennui et son mal du pays transparaissent dans ses lettres ainsi que les sujets de ses peintures : des ramoneurs savoyards dans un style amérindien.

Il expose chez le docteur Paul Gay, puis en novembre 1947 à la galerie Pierre, à Paris. Son ami, le critique George Besson salue cette exposition de 25 gouaches dans Les Lettres françaises. Début d’une correspondance avec Jean Paulhan.

En 1949, Rey-Millet ressent les premiers symptômes de la maladie de Parkinson. L’année suivante il se sépare de sa femme et s’en retourne vivre à La Tour auprès de sa mère et de son frère Jean, dont il aura toute sa vie été très proche. L’éditeur Pierre Braun lui fournit une presse lui permettant de réaliser des gravures à l’eau-forte pendant environ deux ans. En 1952, début d’une grande amitié avec Etiemble qui écrira, dix ans après, une monographie sur le peintre.

Pendant les toutes dernières années de sa vie, aidé de son frère qui lui tient les feuilles de papier et lui tend les crayons, Rey-Millet réalise des dessins aux crayons de couleurs aquarellés qui lui vaudront notamment l’admiration d’Alberto Giacometti, lequel lui rendra alors plusieurs visites à La Tour.

Il meurt le 26 janvier 1959, à l’âge de cinquante-trois ans. Il repose dans son village natal.

 

 

Beauté sur la terre sauvage : hommage à Ramuz

 

 

 

 

 

 

Nature morte à l’éventail

 

 

 

 

 

Amitié avec Serge Fioro

Voilà une personnalité dont, je crois, il n’a encore jamais été question ici. Il s’agit du peintre contre lequel Giono, dans une lettre, met vigoureusement en garde Serge Fioro, considérant sa peinture trop intellectuelle : « Te méfier de Rey-Millet, je parle au point de vue peinture seulement ». Et il souligne : « C’est l’homme qui peut te faire le plus de mal au monde », puis il poursuit : « Peinture cérébrale uniquement basée sur l’intelligence, juste ce qu’il ne faut pas que tu apprennes »

À défaut d’une véritable admiration pour son œuvre, diverses raisons ont fait que Serge Fioro eut tout de suite et garda toujours pour Constant Rey-Millet une vive amitié affectueuse. C’est dans son petit atelier de La Tour en Faucigny, installé en pleine campagne, où il se rendait par le train puis terminant à pied, que Serge vit pour la première fois quelqu’un d’autre que lui en train de peindre.

Les deux artistes s’étaient rencontrés d’abord furtivement dans les premières des années trente, rue des Arcades à TaningesRey-Millet ayant appris que Giono y était en séjour de vacances chez les Fiorio vint le visiter.

Mais une fois alerté par l’écrivain, Constant Rey-Millet se rendra tout de go au baraquement de chantier d’Ognon où pendant les moments de pause, ou bien sa journée de travail terminée, accomplie, Serge dessinait et peignait alors un petit peu chaque jour, principalement des portraits de ses compagnons ouvriers et des scènes de travail aussi.

Très introduit, et au plus haut niveau, dans les milieux artistiques de son temps, Constant Rey-Millet entretint d’abondantes correspondances restées à ce jour inédites. Concernant Serge Fioro, il fit par deux fois le portrait au crayon de son jeune ami : en pied, assis sur une chaise rustique, l’autre par les traits de son visage uniquement.

 

Peintre fort attachant, mort malheureusement bien trop jeune, de la maladie de Parkinson.

 

Ressources bibliographiques

  • Etiemble, Rey-Millet, Editions Gallimard, 1962.
  • Jean Leymarie, Rey-Millet, catalogue d’exposition, musée de l’Athénée, Genève, 1967.
  • Constant Rey-Millet 1905-1959, catalogue d’exposition, Conservatoire d’art et d’histoire, Annecy, 2000, Texte de Jean-Marie Dunoyer, Préfaces de Balthus et de Charles Bosson.
  • Stéphane Rochette, Rey-Millet ou les circonstances de la vie, Bulletin n°25-26, Les Amis de Ramuz, université François Rabelais, Tours, 2006.
  • Stéphane Rochette, Ramuz chez Rey-Millet, Éditions Les Amis de Ramuz, université François Rabelais, Tours, 2008.
Sources :

 

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