Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes les choses. (Lorca)

Frederico Garcia Lorca fut un Andalou passionné. Il était musicien, peintre, et poète des douleurs. il vivait pour la musique. Du son du gramophone familial qui tournait sans cesse, aux chansons et aux guitares qui s’épanouissait dans l’air autant que le parfum des fleurs d’Andalousie. Son osmose avec le monde gitan et le flamenco donneront chair à sa poésie. Les rythmes mêmes de ses poèmes, leurs accords, leurs dissonances rudes en sont issus.

Dans cette famille dont la langue maternelle était la musique, les zarzuelas et le flamenco inondaient l’air qu’il respirait.

Mon enfance a consisté à apprendre les Lettres et les chansons avec ma mère, à être un enfant savant dans le village, un autoritaire” disait-il. Excellent pianiste et guitariste, il jouera plutôt des sons des mots. Il avait le démon en lui : “Tous les arts sont capables de faire apparaître le duende (démon intérieur), mais là où il rencontre le plus d’espace, là où il est le plus naturel, c’est dans la danse et dans la poésie récitée, car elles demandent un corps vivant qui interprète, car elles sont des formes qui naissent et meurent de façon perpétuelle et soulèvent leurs contours sur un présent précis.”

Nous les poètes (..) restons ébahis devant ces vers. Les plus infinies nuances de la Douleur et de la Peine, mises au service de l’expression la plus pure et exacte, battent dans les tercets et les quatrains de la “seguiriya” et ses dérivés. Il n’y a rien, absolument rien de comparable en Espagne, que ce soit au niveau du style, de l’atmosphère ou de la justesse de l’émotion (..) Quelle chose étrange, cette façon qu’a le poète anonyme d’extraire en trois ou quatre vers toute la rare complexité des plus grands moments sentimentaux de la vie d’un homme !”

Le poète est connu, mais l’amoureux fou du théâtre un peu moins : Le théâtre c’est la poésie qui sort du livre pour descendre dans la rue. Ce besoin de descendre des salons littéraires, des cénacles, Lorca le trouve dans les rues. Car on ne comprend rien à Lorca si on ignore son amour fusionnel avec la culture populaire, cette vénération qui lui vient de Manuel de Falla. Belle croisade pour la renaissance du flamenco ainsi sanctifié !

Il me semble que le flamenco est l’une des plus gigantesques créations du peuple espagnol. J’accompagne déjà des fandangos, des peteneras, et les cante des gitans : les tarantas, bulerias et romeras. Tous les après-midi, Le Lombardo (un gitan merveilleux) et Francisco de la Fuente (un autre gitan splendide) viennent me donner des leçons. Ils jouent et chantent d’une façon géniale, atteignant le plus profond du sentiment populaire. ”

Le théâtre est une école de larmes et de rire, une tribune libre où l’on peut défendre des morales anciennes ou équivoques et dégager, au moyen d’exemples vivants, les lois éternelles du cœur et des sentiments de l’homme. Le théâtre est un des instruments les plus expressifs, les plus utiles à l’édification d’un pays, le baromètre qui enregistre sa grandeur ou son déclin “.

S’il est vrai que je suis poète par la grâce de Dieu – ou du diable -, je le suis aussi par la grâce de la technique et de l’effort.”

Hommage

En 1956, on érige le premier monument à García Lorca. C’est bien sûr loin de l’Espagne de Franco, dans la ville de Salto, en Uruguay, grâce à l’initiative de son ami américain, l’écrivain Enrique Amorim. Sur la rive du fleuve Uruguay, un mur porte le poème d’Antonio Machado qui regrette la mort de García Lorca à Grenade.

Ce n’est qu’avec la mort de Franco en 1975 que la vie et la mort de Lorca peuvent être évoqués librement en Espagne. De nos jours, une statue de Lorca est en évidence sur la place Sainte-Anne à Madrid.

Jean Ferrat lui rend hommage dans sa chanson “Federico García Lorca“, il en compose les paroles tandis que Claude-Henri Vic en compose la musique.

Antonio Machado à Lorca

On le vit marchant entre des fusils

Par une longue rue

Qui donnait sur la campagne froide

de l’aube, encore sous les étoiles.

Ils tuèrent Federico

Alors que pointait la lumière.

Le peloton de bourreaux

N’osa pas le regarder au visage.

Tous fermèrent les yeux ;

Ils prièrent…Dieu lui-même ne te sauverait pas… 

Federico tomba mort

du sang sur le front, du plomb dans les entrailles –

C’est à Grenade que le crime eut lieu,

Vous savez – pauvre Grenade ! – dans sa Grenade !

[…] 

On les vit s’éloigner…

Taillez, amis,

Dans la pierre et le rêve, à l’Alhambra,

Une tombe au poète,

Sur une fontaine, où l’eau pleure,

et, éternellement dise :

Le crime eut lieu à Grenade… dans sa Grenade ! 

(Traduit par G. Pillement)

Federico Garcia Lorca – extrait de Romancero gitan

Onde, où t’en vas-tu ?

Je m’écoule en riant
jusqu’au bord de la mer

Mer, où t’en vas-tu ?

Remontant le cours d’eau je cherche
la fontaine où me reposer.

Que fais-tu, toi, peuplier ?

Je ne veux rien te dire,
Je ne puis que trembler !

Où lancer mes désirs
par le fleuve et la mer ?

(Quatre oiseaux se sont posés
sans but sur le haut peuplier)”.

Federico Garcia Lorca, Poésies 1921-1927, Chansons, Poème du Cante Jondo, Romancero gitan, Poésie/Gallimard 1966, p. 111.

Sources :

Wikipedia

Terre à ciel

 

Fermer le menu