Ile Eniger

Les mots d’Ile Eniger sont les mots du cœur, paroles de l’âme dessinées sur les chemins des étoiles, du vent, de l’eau, de la Terre….des chants d’amour suspendus aux lèvres de la Vie…

Photo Publiée le 2015-07-03 14:28:07 par pdemweb1

Poète et romancière, Ile Eniger est née en 1947. Elle vit dans un petit village de l’arrière-pays niçois, entre le feu et la glace. Son œuvre, importante, répond à l’urgence d’écrire, impérative et vitale comme celle de la respiration.

Imperméable aux modes et aux jeux de coulisses littéraires, elle avance vers un dépouillement de plus en plus riche de sens, dans une quête de l’essentiel où chaque mot retrouve sa force initiale.

« Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaître l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien. »

Ile Eniger (« Un cahier ordinaire » – Éditions Chemin de plume)

Je vois la vie partout
Au périple des feuilles arrachées
Aux lampes des gros soirs d’hiver
Au bric à brac des vieilles remises
À l’immobilité de ce qui ne sert plus
Dans ce qui ne dit plus
 
Je vois la vie partout
Aux cadences martelées des villes
Aux silences lancinants des campagnes
Aux cris des plaies
À la solitude des pleurs
Dans l’air des comptines
 
Je vois la vie partout
Aux voyages des regards
Aux confiances des bêtes
Aux odeurs de fleurs allumant la table
À l’horloge des rides
Dans la nature offerte
 
Je vois la vie partout
Aux feux des vieilles racines
Aux forêts humides de recommencements
Aux paroles sans ramage ni séduction
À l’amble de l’amour
Dans la présence désencombrée
Je vois la vie partout
 

« L’air brûle rouge. Les oiseaux se sont tus. Les clochers égrènent leurs heures de plomb. Les rus ont la gorge sèche et des gerçures dans la soif. Partout l’incandescent soleil du Midi enflamme la terre aride. Au zénith plus bleu que l’imagination, sous un Mistral qui s’époumone, les cigales stridulent, les branches des platanes s’agrippent à leurs racines. Sur les plateaux, les hérissons de lavandes piquent le ciel. La saison de feu éperonne du matin blanc au vert crépuscule. Endémique, harassante, une touffeur avale les sueurs. Robuste, immuable, ma terre de Provence traverse la fournaise. »

Ile Eniger – Les mains frêles – (à paraître)

Sources et ilustrations :
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