Célèbre pour ses comédies musicales dont West Side Story, Leonard Bernstein est un chef d’orchestre, pianiste et compositeur représentatif de l’Amérique du 20ème siècle. Nombre de ses airs sont entrés dans la mémoire collective et ont été transformés en standards de jazz.

La musique est le langage le plus profond de l’être humain.

Comme issu d’un roman d’Albert Cohen on pourrait dire de Leonard Bernstein qu’il est un des magnifiques. Génial chef d’orchestre, pédagogue extraordinaire car il avait une passion pour l’éducation, compositeur émouvant il représente l’apothéose du judaïsme new-yorkais avec Woody Allen.
Son œuvre fait le pont entre la synagogue et Broadway !

Il s’est toujours pris pour Mahler. Comme lui chef d’orchestre pour gagner sa vie, comme lui juif exilé au milieu des nations, comme lui compositeur d’été. Il aura consacré une grande partie de sa vie à faire découvrir Mahler aux Américains et au monde. À peine joué à son époque, 1960, si ce n’est par Bruno Walter, c’est Lenny qui a entrepris la première intégrale au disque de l’œuvre entière.

Il en fera même une deuxième plus récente dans les années 1980. À qui veut entrer de plain-pied dans l’univers complexe de Mahler Bernstein reste la meilleure approche. Excessif, survolté, romantique débordant et ardent il se rapproche de son maître. C’est par lui que j’ai découvert bien des symphonies. Il excellait aussi dans Sibélius, Chostakovitch et Haydn, Charles Ives et surtout son idole et sa passion Copland. Il nous reste des centaines de disques de ses enregistrements.

Qui l’a vu diriger, danseur sur son estrade, Peter Pan de la musique, ne l’oubliera jamais. Tant était grande son extase, son exubérance folle, qu’il exultait sur scène. Plus de 500 CD, des DVD à foison, des films, gardent intacte sa fougue et sa mémoire. Bien avant tout le monde il avait compris le poids de la télévision et savait l’utiliser. Fulgurant il aura marqué son siècle, dont il comprenait les contradictions, les portant en lui.

Une jeunesse difficile et pauvre

Issu d’une famille pauvre de juifs russes immigrés, Bernstein, pianiste de talent, chef d’orchestre fougueux, compositeur populaire, va être, jusqu’à sa mort, l’un des personnages les plus en vue de la musique américaine.

Il était né à Lawrence, Massachusetts le 25 août 1918. Son père Sam était un modeste tailleur de cette petite ville sur la côte Est. Il venait de Rovno en Russie.

À huit ans il étonne son entourage en interprétant les mélodies traditionnelles de shtetls russes et polonais. Son père ne veut pas qu’il fasse une carrière musicale, mais les dons géniaux de Lenny étaient trop évidents pour ne pas céder.

Il apprend le piano au conservatoire de sa ville et poursuit des études brillantes (the Garrison and Boston Latin Schools.).

Diplômé d’Harvard en 1939, (c’est sans doute le compositeur contemporain le plus titré de sa génération), il étudie le piano et la direction d’orchestre (avec Fritz Reiner et Walter Piston) et l’orchestration à Philadelphie.

Pour payer ses études, il fait des arrangements musicaux sous le pseudonyme de Lenny Amber.

 

Pédagogue, écrivain et animateur de télévision, Bernstein s’est aussi fait connaître d’un large public, profitant de sa popularité pour promouvoir la musique, ou plutôt les musiques. Car Bernstein s’intéresse à tout : opéra, jazz, rock’n roll ou encore musiques latines. Un melting pot d’inspirations que l’on retrouve dans ses idées comme dans sa musique.

Il y aurait mille et une (petites) choses à apprendre sur cette charismatique personnalité !

Les Beatles sont les Schubert de notre temps

C’est bien le grand, l’immense Leonard Bernstein qui a formulé cette comparaison, dans une émission diffusée en 1967 sur CBS, Inside Pop – The Rock Revolution. Mélodies minimalistes, changements inattendus de tonalités et petites histoires dans lesquelles tout auditeur peut s’identifier : Bernstein décrypte les chansons des Beatles comme il analyse la Cinquième symphonie de Beethoven ou le courant musical impressionniste.

Il ne crée aucune hiérarchie entre les genres musicaux. D’ailleurs, les nombreuses émissions qu’il anime pour la télévision entre les années 1950 et 1970 abordent toutes les musiques, des symphonies de Mahler aux tubes rock’n’roll, avec pour seule constante : s’adresser prioritairement à la jeune génération.

Bernstein jazzman

Si Leonard Bernstein aborde tous les genres musicaux, cela ne l’empêche pas d’avoir ses petits préférés. Le jazz, notamment. Adolescent, il se mêle à toutes les bands qui croisent sa route. Quelques années plus tard, fraîchement débarqué à New York, il arpente les fameux clubs de la ville et décroche ses premiers contrats en tant que pianiste.

Un goût pour le swing qu’il décline dans plusieurs de ses compositions – On the Town (1944), Prelude, Fugue and Riffs (1949), Symphonie N°2 : The Age of Anxiety (1965). Bernstein aime la singularité du jazz, « un moyen d’expression à part entière », sa subtilité, mais aussi son humour : « Avec le jazz, on joue réellement avec les notes » (extrait de son album musical What is Jazz ?)

Parodie et humour

L’humour : une source d’inspiration pour le compositeur, mais aussi un efficace instrument de dérision. Car Bernstein prend un malin plaisir à parodier certaines formes musicales ou oeuvres des siècles passés.

Pour son deuxième cycle de mélodies, par exemple, ce ne sont pas les poèmes romantiques de Goethe ou Baudelaire qu’il choisit mais… quatre recettes de cuisine ! Queue de bœuf, Pudding ou Civet de lièvre, voici le menu chanté par la soprano.

Autre forme musicale, autre forme de dérision. Glitter and be Bay, l’air de Cunégonde dans l’opérette Candide (1956) est une parodie du fameux  “Ah ! Je ris, de me voir si belle” chanté par Marguerite dans le Faust de Gounod. Alors que cette dernière ne peut résister à l’attrait des beaux bijoux qu’elle découvre, le personnage de Bernstein se lamente d’abord, hésite avant de conclure avec cynisme : « Je ne suis pas pure mais mes bijoux, eux, le sont ! ».

Une personnalité engagée

Derrière l’humour se cache souvent un propos, une idée défendue. Dans le cas de l’opérette Candide, il s’agit d’une dénonciation du maccarthysme, cette politique menée aux Etats-Unis au début des années 1950, et qui prit la forme d’une véritable chasse à l’homme menée par les autorités contre tout individu suspecté d’opinion ou activité communiste.

Leonard Bernstein ne dissimule pas ses engagements : à travers son œuvre ou à l’occasion de (rares) interviews, il partage ses idées humanistes, désapprouve ouvertement la guerre engagée par les Etats-Unis au Vietnam, soutient l’intégration des minorités ainsi que le mouvement des droits civiques. En 1970, il fait scandale en organisant avec sa femme Felicia une soirée de soutien au Black Panther, une organisation politique afro-américaine

Les rêves de Leonard

La publication posthume de la correspondance de Bernstein – 650 lettres sélectionnées par l’éditeur Nigel Simeone – met en lumière le caractère troublé et angoissé du compositeur. Auprès de ses amis, de son psychanalyste ou de sa femme Felicia, il s’interroge sur sa bisexualité, sa soif de gloire ainsi que sur ses rêves, dont il est convaincu que l’interprétation apportera la réponse à ses plus profondes interrogations.

Ces réflexions intimes et introspectives qui jalonnent la vie privée de Bernstein, transparaissent à travers son œuvre. Dans son opéra Un endroit tranquille (1952), par exemple, il met en scène un psychanalyste, thérapeute à qui le personnage de Dinah confie ses rêves et sa quête d’un l’au-delà, d’un endroit paisible et harmonieux. Ce même Somewhere que chantent et espèrent les amants de West Side Story.

En décembre 1989, pendant la destruction du mur de Berlin, Bernstein participe au « Berlin Celebration Concert » au cours duquel il dirige la Neuvième symphonie « Ode à la joie » de Beethoven avec un orchestre formé de musiciens des quatre zones d’occupation. Pour l’occasion, il modifie le poème de Schiller en remplaçant le mot « Freude » (joie) par « Freiheit » (liberté). La santé de Bernstein se dégrade rapidement, l’obligeant à ralentir considérablement ses nombreuses activités. À l’été 1990, il fonde avec Michael Tilson Thomas le Pacific Music Festival à Sapporo (Japon) et dirige son dernier concert à Tanglewood le 19 août. Il meurt d’une crise cardiaque provoquée par une insuffisance pulmonaire le 14 octobre 1990, à l’âge de 72 ans. Au cours de sa carrière Leonard Bernstein a reçu de nombreux titres et distinctions honorifiques qui font de lui le musicien américain le plus célébré et le plus populaire au monde avec George Gershwin et Aaron Copland.

Ses œuvres principales sont :

 

On the Town (Musical), 1944
Trouble in Tahiti (opera in one act), 1952
On the Waterfront (film score), 1954
Candide (operetta), 1956
West Side Story (musical), 1957
Mass (théâtre pièce for singers, players and dancers), 1971
Dybbuk (ballet), 1974
A Quiet Place (opéra en deux actes), 1983
Symphony No. 1, Jeremiah, 1944
Symphony No. 2, The Age of Anxiety, (d’après W. H. Auden) pour Piano and Orchestre, 1949
Symphony No. 3, Kaddish, pour Orchestre, Chœur mixte, Chœur d’enfants, Narrateur et Soprano Solo, 1963
Dybbuk, Suites No. 1 et 2 for Orchestra, concert premières 1975
Halil, nocturne pour Solo Flûte, Piccolo, Alto Flûte, Percussion, Harp and Strings, 1981
Hashkiveinu pour Solo Tenor, Mixed Chorus and Organ, 1945
Chichester Psalms pour Contreténor, Choeur mixte, Organ, Harpe et Percussion, 1965

 

Sources :

« Mon contact avec la musique est une étreinte totale ! »

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