Marc Chagall, tout un poème

“Ma chambre s’éclairait du bleu foncé, tombant de la fenêtre unique. La lumière venait de loin : de la colline, où se trouvait l’église. J’éprouve toujours du plaisir à peindre une fois de plus cette église et cette petite colline sur mes tableaux.” Marc Chagall

Marc Chagall – 1941 – Photo de Carl Van Vechten

Marc Chagall est né en 1887 à Vitebsk, petite capitale provinciale « triste et ennuyeuse » de l’Empire russe, dans une famille juive très modeste. Rien ne prédestinait ce petit-fils de paysan, frêle, rêveur et bégayant, à devenir l’un des plus grands artistes du XXe siècle.

Toute la vie de Marc Chagall sera rythmée par l’élan de son imagination. En dessinant une vache, une rue du village ou son oncle au violon, l’enfant du shtetl s’envole déjà par-dessus les toits de la tradition hassidique familiale. Cette force créatrice le conduit à Saint Pétersbourg où il libère son trait, puis à Paris où il découvre sa véritable palette. Quand sonne l’heure de la révolution politique et artistique, Chagall s’élance à nouveau. Il recouvre avec enthousiasme tous les murs de Vitebsk de vaches vertes à la tête à l’envers et transforme le théâtre d’art juif de Moscou en « boîte Chagall ».

“I And The Village,” 1911

En 1922, contraint à l’exil, Chagall est cependant arraché à son pays natal. A 35 ans, c’est un artiste accompli qui doit une nouvelle fois s’élancer. C’est en illustrant Les Ames mortes  de Gogol à Berlin, Les Fables  de la Fontaine et La Bible  à Paris, puis en créant les décors de L’Oiseau de feu  et de La Flûte enchantée  à New York, que l’artiste errant parvient à faire face à l’exil. De retour en France, il s’enracine définitivement dans la terre lumineuse du midi, où il modèle ses céramiques. A plus de 80 ans, Chagall parviendra encore à s’élever à hauteur du ciel en créant le plafond de l’Opéra Garnier à Paris.

Mes patries sont peut-être seulement sur mes toiles.

Longtemps réduite à une jolie peinture de chevalet et à une quête naïve du bonheur, l’œuvre de Chagall se dévoile avec le temps comme un univers prodigieux de formes et couleurs en mouvement, une sorte de cirque imaginaire, qui permet à l’artiste saltimbanque, comme à ceux qui contemplent son œuvre, de rester vivant.

“Lovers Above The Town,” 1918

Bibliographie sélective

Bella Chagall, Lumières allumées , Mercure de France, 2015.

Franz Meyer, Marc Chagall , Flammarion, 1961.

David Mac Neil, Quelques pas dans les pas d’un ange , Gallimard, 2003.

Jackie Wullschläger, Marc Chagall , Biographie, NRF, Gallimard, 2012.

*Marc Chagall, Les Fables de la Fontaine, * RMN, 1995.

*Chagall et la céramique, La terre est si lumineuse, Bruno Gaudichon, Gallimard, * 2008.

Marc Chagall , L’épaisseur des rêves , dir. Bruno Gaudichon, Gallimard, 2012.

Marc Chagall , Entre guerre et paix , dir. Julia Garimorth-Foray, Musée Luxembourg, RMN, 2013.

Chagall et la musique , dir. Ambre Gauthier et Meret Meyer, Gallimard, Philharmonie de Paris, La Piscine-Roubaix, 2015.

Œuvres

Tableaux

  • Autoportrait, aquarelle et encre sur papier (20,5 × 16,5 cm), 1907, musée national d’art moderne, Paris (donation 1988).
  • La Joie, huile sur toile (116 × 75 cm), 1980, musée national message biblique, Nice.
  • La Mort, huile sur toile (68 × 86 cm), 1908, musée national d’art moderne, Paris.
  • La Sainte Famille, huile sur toile (91 × 103 cm), musée national d’art moderne, Paris (donation 1988).
  • Autoportrait aux pinceaux, huile sur toile (57 × 48 cm), 1909, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf.
  • La Noce, huile sur toile (100 × 88 cm), 1910, Centre Pompidou, Paris.
  • La Naissance, 1910, musée Kunsthaus, Zurich.
  • Le Shabbat, huile sur toile (90 × 95 cm), 1910, Wallraf-Richartz-Museum, Cologne.
  • Dédié à ma fiancée, huile sur toile (196 × 114,5 cm), 1911, Kunstmuseum, Berne.
  • Le Poète (à la tête renversée). Half past three, huile sur toile (197 × 146 cm), 1911, The Arensberg Collection, Philadelphia Museum of Art.
  • Le Père, huile sur toile (80 × 44 cm), 1911, musée national d’art moderne, Paris.
  • Moi et le village, huile sur toile (192,1 × 151,4 cm), Mrs Simon Guggenheim Fund, Museum of Modern Art, New York.
  • Le Village, 1911, Museum of Modern Art, New York.
  • Hommage à Apollinaire, huile et poudre d’or et d’argent sur toile (209 × 198 cm), 1911-1912, Van Abbemuseum (en), Eindhoven.
  • À la Russie, aux ânes et aux autres, huile sur toile (157 × 122 cm), 1911-1912, Paris (don de l’artiste au centre Georges Pompidou en 1953).
  • Le Golgotha ou Calvaire, huile sur toile (174 × 192 cm), 1912, Museum of Modern Art, New York.
  • L’Anniversaire, (80,6 x 99,7 cm), 1915, Museum of Modern Art, New-York.
  • Adam et Ève, 1912.
  • La Prisée ou Le Rabbin jaune, huile sur toile (128 × 90 cm), 1912, collection particulière.
  • Le Marchand de bestiaux, gouache sur papier (26 × 47 cm), 1912, collection E. W. Kornfeld, Berne.
  • Autoportrait aux sept doigts, huile sur toile (128 × 107 cm), 1912-1913, Stedelijk Museum, Amsterdam.
  • Paris par la fenêtre, huile sur toile (132,7 × 139,2 cm), 1913, Solomon R. Guggenheim Museum, New York.
  • Paysan mangeant à la cuiller, encre de Chine sur papier (28,5 × 22,5 cm), 1913, collection Marcus Diener, Bâle.
  • Portrait d’Apollinaire, encre violette et aquarelle sur papier (27,8 × 21,7 cm), 1913-1914, musée national d’art moderne, Paris.
  • Ma mère, crayon sur papier (22,5 × 20 cm), 1914, collection particulière, Paris.
  • Le Violoniste, 1914, musée de Düsseldorf.
  • Les Amants bleus, 1914.
  • N’importe où hors du monde, huile sur carton entoilé (66,5 × 47 cm), Musée d’art moderne de Gunma (en), Takasaki.
  • Les Portes du cimetière, 1917.
  • Double portrait au verre de vin, huile sur toile (220 × 127 cm), 1917-1918, musée national d’art moderne, Paris.
  • L’Étude, encre noire sur papier (24,9 × 34,3 cm), 1918, musée national d’art moderne, Paris (donation 1988).
  • L’Homme à la tête renversée, 1919, huile sur carton marouflé sur bois (54 × 47 cm), collection particulière.
  • La Maison bleue, 1920, au musée des beaux-arts, à Liège.
  • Ahasver la figure légendaire du Juif errant, 1923, au musée du Petit Palais de Genève.
  • La Fenêtre sur l’Île-de-Bréhat, 1924, Vereinigung Zürcher Kunstfreunde20.
  • La Vie paysanne, 1925, huile sur toile (123 × 103 cm), Galerie d’art Albright-Knox, Buffalo (New York).
  • Die Mäherin, 1926, collection privée22.
  • Les Amoureux au lilas, 1930.
  • Dieu crée l’homme, 1930, musée Marc-Chagall (Nice).
  • La Solitude, 1933, musée d’art de Tel Aviv.
  • Triptyque : Révolution, 1937-1952, musée Marc-Chagall (Nice).
  • Songe d’une nuit d’été, 1939, huile sur toile, musée de Grenoble.
  • La Guerre, 1943.
  • Autour d’elle, 1945, Centre Pompidou, Paris.
  • L’Émigrant, 1945-1950.
  • Le Coq, 1947, musée des beaux-arts de Lyon.
  • Le Poète, 1949-1950.
  • Le Christ à la pendule, 1956, gouache sur papier (75,8 × 56,2 cm), collection Angela Rosengart.
  • La Guerre, 1964.
  • Job, 1975.
  • Le Mythe d’Orphée, 1977.
  • Couple sur Saint-Paul-de-Vence.
  • L’Animosité des hommes à la recherche de pouvoir.
  • Le Cirque, 1927, Galerie nationale de Prague.
  • La Crucifixion blanche, 1938.
  • Daphnis et Chloé.
  • Les Mariés de la tour Eiffel.
  • Le Nu rouge.
  • Le Saint voiturier.
  • Transhumance.
  • Vues de Paris.
  • La Mariée à l’éventail.
  • Au-dessus de la ville, huile sur toile (141 × 198 cm), 1914-1918, galerie d’État Tretiakov, Moscou, Russie.
  • La Vie, fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence.
  • Fiancée au visage bleu, 1956, musée Marmottan Monet.
  • Moïse recevant les tables de la loi.
  • Soleil dans le ciel de Saint-Paul, 1983.

Peintures sur papier

  • Cantique des Cantiques II, 1957 (huile).
  • Cantique des Cantiques III, 1960 (huile).
  • Cantique des cantiques IV, 1958, Provincial Museum of Alberta.
  • Cantique des Cantiques V, 1965-1966.

Vitraux

  • Allemagne
    • Mayence : neuf vitraux dans l’église Saint-Étienne.
  • Angleterre
    • Tudeley : douze vitraux dans l’église All Saints.
    • Chichester : un vitrail dans la cathédrale de Chichester.
  • États-Unis
    • New York : un vitrail dans l’enceinte du siège des Nations unies, Peace Window, vitrail réalisé en 1961, en hommage à Dag Hammarskjöld, ancien secrétaire général de l’ONU.
  • France
    • Metz : six vitraux dans la cathédrale Saint-Étienne.
    • Moissac : un vitrail dans l’abbaye Saint-Pierre.
    • Reims : trois vitraux dans la cathédrale, l’arbre de Jessé, les deux Testaments et les grandes heures de Reims.
    • Sarrebourg : La Paix, un vitrail monumental (12 m de haut sur 7,5 m de large), dans la chapelle des Cordeliers.
    • Le Saillant : six vitraux dans l’église.
    • Nice : La Création du monde, trois vitraux dans l’auditorium du musée Marc-Chagall de Nice. Ils se lisent de droite à gauche, dans le sens de la lecture hébraïque.
  • Suisse
    • Zurich : les vitraux dans l’église Fraumünster.
  • Israël
    • Jérusalem : les vitraux de la synagogue de l’hôpital Hadassah : Les Douze Tribus d’Israël.

Mosaïque

  • Suisse
    • Fondation Pierre Gianadda, parc de sculptures, Martigny : La Cour Chagall, mosaïque monumentale réalisée en 1964 par Lino et Heidi Melano, accompagnée de deux petites fontaines, Poisson et Oiseau, également de Chagall, en marbre blanc (don de Georges Kostelitz en mémoire de son épouse Ira, 2003).
  • France
    • Le Repas des Anges, représentation d’un des miracles attribué à Roseline de Villeneuve dans la chapelle Sainte-Roseline, située sur la commune des Arcs-sur-Argens.
    • Moïse sauvé des eaux, non daté (entre 1950 et 1966), baptistère de Notre-Dame de la Nativité à Vence, vieille ville.
    • Le Message d’Ulysse, 1968 (1 100 × 300 cm), salle des pas perdus, faculté de droit et sciences économiques de Nice. Exécutée par Lino Melano.
    • Le Prophète Élie, 1971 (715 × 570 cm), musée national Marc Chagall de Nice. Réalisée pour le musée et exécutée par Lino Melano. Sujet adapté à la dimension biblique du musée.

Céramique

 

Baptsistère de l’église du plateau d’Assy

  • Église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d’Assy, en Haute-Savoie : Passage de la mer Rouge aux personnages en apesanteur, guidés par leur patriarche revêtu de jaune, Moïse. « Les fonts baptismaux, situés sous le clocher, ont été décorés par Chagall, qui a donné libre cours à son inspiration en exécutant cette céramique sur des thèmes bibliques qui lui sont familiers. Nous devons aussi à Chagall deux bas-reliefs en marbre blanc et deux vitraux aux teintes douces, destinés à matérialiser les rites et les symboles du baptême. » (Maurice Novarina)
  • Le Paradis terrestre, panneau céramique de quatre carreaux (52,7 × 52,7 cm), Vallauris, 1959.

Décoration

  • Théâtre juif d’État de Moscou.
  • Le plafond de la salle de spectacle de l’Opéra Garnier : peint en 1964.
  • Peintures murales du Watergate Theatre de Londres (1949).

Expositions

  • « Musée des Beaux-Arts de Montréal, exposition Chagall en 2017
  • « Rétrospective Chagall », Musée des arts décoratifs de Paris, 1959.
  • « Œuvres sur papier », Centre Pompidou, du 30 juin au 8 octobre 1984.
  • « Marc Chagall – Poesie und Traum » (« Marc Chagall. La poésie et le rêve »), Kunsthalle Messmer, Riegel am Kaiserstuhl (Allemagne), 2013.
  • « Marc Chagall, impressions », Palais Lumière d’Évian-les-bains, du samedi 28 juin au dimanche 2 novembre 2014.
  • « Rétrospective Chagall », musée royal des beaux-arts de Belgique, du 28 février au 28 juin 2015.
  • « Marc Chagall. Le triomphe de la musique », exposition à la Philharmonie de Paris du mardi 13 octobre 2015 au dimanche 31 janvier 2016.
  • « Chagall. Songes d’une nuit d’été », exposition multimédia, Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence, du 4 mars 2016 au 8 janvier 2017.
  • « Chagall. De la poésie à la peinture », Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture à Landerneau, du 26 juin au 30 octobre 2016.
  • « Chagall: Couleur et musique », Musée des beaux-arts de Montréal, du 28 janvier au 11 juin 2017.
  • « Chagall, Lissitzky, Malévitch. L’avant-garde Russe à Vitebsk (1918-1922) », Centre Pompidou, 2018.

    Marché de l’art

    Les œuvres de Marc Chagall sont très recherchées par les collectionneurs du monde entier.

    • Le Grand Cirque, une huile sur toile (159,5 × 308,5 cm), a été vendue 13 760 000 US$, soit 10 176 896 euros à New York le 8 mai 200725.
    • Roses et mimosas, une huile sur toile (147,3 × 114,3 cm) a été vendue 1 833 250 £, soit 2 318 694 euros à Londres le 24 juin 200825.

    Publications

    • Ma vie, autobiographie, 1923.
    • Les Âmes mortes, de Gogol, 118 illustrations, Tériade, Éd. Verves, 1948.
    • Les Fables de La Fontaine, 100 illustrations, Tériade, Éd. Verves, 1952.
    • La Bible, 150 illustrations, Tériade, Éd. Verves, 1956 et 1960.
    • Le Monde De Marc Chagall, photographies d’Izis Bidermanas, Gallimard, 1959.
    • Chagall sur la terre des dieux, avec 10 lithographies, textes de Robert Marteau Paris, éd. Mazo, 1969

    Hommages

     
    Plaque au 4 villa Eugène-Manuel.
    • À la mémoire de Chagall, œuvre pour flûte et percussions écrite par Roger Lersy, 1995.
    • 2014 : Mimoza Koike, Gaétan Morlotti et Bruno Roque, danseurs du Ballets de Monte-Carlo avec le Musée Marc-Chagall de Nice créent un spectacle ayant pour argument l’enfance du peintre à Vitebsk en s’inspirant du récit autobiographique Ma vie.
    • Il vécut au n°4 villa Eugène-Manuel (16e arrondissement de Paris) ; une plaque lui rend hommage.

    Documentaire

    • 1963 : Chagall, film documentaire américain, Oscar du meilleur court métrage en 1964.

     

     
    Sources et illustrations :
     
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