Marguerite Duras l’inoubliable

La voix et la passion

Écrire, c’est aussi ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler sans bruit.

Photo de couverture du hors série consacré à Marguerite Duras Roger-Viollet/Studio Lipnitzki pour Le Monde Hors-Série

Biographie

Née en 1914 près de Saigon (Cochinchine), d’une mère institutrice et d’un père professeur de mathématiques, Marguerite Donnadieu se fixe définitivement en France en 1932. Elle se marie avec Robert Antelme en 1939, et publie son premier roman (Les Impudents), sous le pseudonyme de Marguerite Duras, en 1943. Résistante pendant la guerre, communiste jusqu’en 1950, ayant activement participé à Mai 68, Marguerite Duras a développé une écriture protéiforme considérable (cinéma, théâtre, articles de presse, romans et récits).
Elle est décédée le 3 mars 1996 à Paris.

Ses livres

Auteure prolifique, Marguerite Duras a écrit une grande quantité de livres de son premier, en 1943, à l’année précédant sa mort, en 1995. Il s’agit la plupart du temps de romans mettant en scène les relations amoureuses entre plusieurs personnes dans des situations somme toute assez banales. L’intérêt de ces livres est moins dans l’action ou le déroulement de l’histoire que dans les relations humaines qui en forment la trame.

Pour une documentation plus complète lire Marguerite Duras

Écrire

« Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j’avais déjà découvert que c’était écrire qu’il fallait que je fasse. J’en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. Le seul jugement de Raymond Queneau, cette phrase-là : « Ne faites rien d’autre que ça, écrire. » Écrire, c’était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée.« 

«  Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends par là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres « charmants », sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. « 

Un roman d’une extrême sensibilité et d’une extrême beauté. Une véritable passion de l’écriture.

Le ravissement de Lol V. Stein

Le ravissement de Lol V. Stein est un roman publié en 1964, durant la période de diversification de Marguerite Duras. Il arrive après la fin de la guerre d’Algérie, qui a servi de cheval de bataille à l’écrivaine. L’histoire raconte comment un écrivain raconte la vie imaginée de son amie. On évolue dans un cercle fermé de 3 personnes, un couple et Lola Valérie Stein, et dans un monde restreint, qui oblige le narrateur à l’imaginaire face à son manque d’éléments factuels.

Laure Adler, journaliste et écrivaine,  décrit « Le ravissement de Lol V. Stein » comme une œuvre clé dans la production littéraire de Duras et explique son obsession pour le personnage de Lol V. Stein, qui reviendra ensuite dans plusieurs romans.
Dans une Amérique un peu floue, l’histoire repose sur le bal du Casino municipal de T. Beach où la jeune Lola Valérie Stein se fait ravir son amoureux, le beau Michael Richardson, par une femme d’âge mûr : Anne-Marie Stretter. Comme envoûté, il danse toute la nuit avec elle, sous les yeux de sa fiancée Lol V. Stein et de son amie du collège, Tatiana Karl. D’où l’hébétude de Lol devant cet événement qui la rend malade, d’abord prostrée, puis indifférente.

C’est un curieux roman, mais la clairvoyance de  l’analyse psychologique ainsi que la justesse ressentie de l’ émotion décrite a consolidé définitivement mon admiration pour Marguerite Duras.

Laure Adler, auteure d’une biographie de la romancière, se demande dans un texte très personnel : « Qui est aujourd’hui Marguerite Duras ? Qu’a-telle laissé comme traces, empreintes, souvenirs ?  » Tout en revisitant, de l’enfance aux dernières années, les faits marquants de l’auteure de l’amant, elle révèle qu’elle a brouillé les pistes, effacé les traces, laissant derrière elle passion et confusion, fragilité et violence, dérision et romantisme. « Seule certitude pour elle : « Oui, Duras nous manque. »

Sources et illustrations :
Hors-Série Le Monde – août, octobre 2012
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