Mary Cassatt, une impressionniste américaine à Paris

Issue d’une famille de banquiers américains d’origine française et repérée par Degas au salon de 1874, elle exposera par la suite régulièrement aux côtés du groupe impressionniste. Pourtant, la figure et l’art de Mary Cassatt sont, étrangement, assez peu connus.

Le Musée Jacquemart-André présente une exposition sur Mary Cassatt (1844-1926) du 9 mars au 23 juillet 2018. C’est la seule peintre américaine à avoir exposé avec le groupe des impressionnistes français à Paris, et, bien qu’elle ait vécu soixante ans en France, elle était considérée de son vivant comme la plus grande artiste américaine.

Cette exposition, qui la présentera de nouveau aux amateurs d’art parisiens, sera la première grande rétrospective de son œuvre depuis plus de cent ans. Elle rassemblera 60 œuvres majeures, dont des huiles, pastels, dessins et gravures, qui, accompagnés de divers supports documentaires, raconteront son histoire, celle d’une Américaine à Paris.

La carrière et la vie de Mary Cassatt (1844-1926) s’est construite autour de paradoxes : « Américaine, elle a vécu plus de soixante ans en France. Formée à la peinture académique, elle a résolument embrassé le nouveau style impressionniste. N’ayant jamais eu d’enfant, elle a décliné le thème de la maternité avec une justesse inégalée. Féministe, elle a su s’imposer sur une scène artistique essentiellement masculine », rappelle Bruno Monnier dans le catalogue de l’exposition « Mary Cassatt – Une impressionniste américaine à Paris »

Contemporaine de Monet, de Renoir ou encore de Degas, son ami, elle fut considérée comme la plus grande artiste américaine de son temps et excella dans l’art du portrait. A travers une cinquantaine d’œuvres – huiles, pastels, dessins et gravures – l’exposition rend compte avec force de cet univers intime, issu de sa famille, de ses amis et de ses proches.

The Girl Holding the Dog

Biographie :

Mary Cassatt naît le 22 mai 1844 à Allegheny City, qui fait actuellement partie de Pittsburgh en Pennsylvanie. C’est le quatrième enfant de Robert Simpson Cassat (puis Cassatt) et de Katherine Kelso Johnston. La famille Cassatt est une vieille famille américaine issue d’émigrés français arrivés aux États-Unis en 1662 : les Cossart. Tout en revendiquant cette filiation et reconnaissant que sa mère Katherine a reçu une éducation française, langue qu’elle parlait couramment, Mary Cassatt se sent profondément américaine.

Elle est âgée de sept ans environ lorsqu’elle quitte les États-Unis pour l’Europe avec ses parents. Il s’agit de consulter des médecins au sujet de la maladie de son frère Robbie qui mourra d’un cancer des os en 1855. La famille s’installe à Paris. Mary apprend le français et l’allemand, visite les musées et les galeries d’art. En 1855, la famille retourne en Pennsylvanie où Mary prend des cours de dessin.

Une impressionniste méconnue

Après s’être installée à Paris dans les années 1860, à seulement 22 ans, contre l’avis de ses parents pour étudier la peinture, Mary Cassatt rejoint le cercle des impressionnistes français. Elle passera plusieurs décennies en France, où elle est morte en 1926 et où elle est enterrée (dans l’Oise).

La rétrospective Mary Cassatt au musée Jacquemart-André

La rétrospective Mary Cassatt au musée Jacquemart-André

Le Musée Jacquemart-André rend hommage à une figure méconnue de l’impressionnisme, l’Américaine Mary Cassatt. Unique fer de lance de l’impressionnisme aux Etats-Unis et figure féministe, Mary Cassatt expatriée à Paris a pourtant laissé peu de traces dans l’histoire de l’art français. La rétrospective qui lui est consacrée jusqu’au 23 juillet rend enfin justice à son immense talent.

La cinquantaine d’oeuvres exposées, dont la majorité provient de prêts de musées américains, rend hommage au travail de cette artiste originaire de la grande bourgeoisie américaine au coup de pinceau avant-gardiste et au caractère bien trempé.

Tout au long de sa carrière, la peintre se démarque par son style “très proche des impressionnistes” et ses sujets “très personnels”, commente Pierre Curie, conservateur du musée parisien. Malgré cela, déplore-t-il, “il n’y avait pas eu de rétrospective importante de Mary Cassatt depuis la fin du XIXe siècle”.

La plupart des clients de l’artiste étant américains, “90 voir 95% de son œuvre est aujourd’hui en Amérique (…). C’est un des facteurs qui ont contribué à la faire un petit peu oublier“, ajoute le conservateur. Victime du nationalisme de l’époque, Mary Cassatt pâtit aussi de son statut de femme artiste. “Les machos impressionnistes” n’ont jamais tellement mis en avant les qualités de leurs collègues femmes comme Berthe Morisot ou Eva Gonzalès“, souligne Pierre Curie.

Mary Cassat enfant sur fauteuil
Courtesy National Gallery of Art, Washington

“Je ne peux croire qu’une femme dessine aussi bien”

Proche d‘Edgar Degas, qui l’intègre dans le mouvement impressionniste, Mary Cassatt subit cependant parfois les foudres du peintre, qui “était misanthrope et pouvait être très cruel”, selon Nancy Mowll Mathews, commissaire de l’exposition.
Je ne peux pas croire qu’une femme dessine aussi bien“, lui lance ainsi Degas en 1892, décontenancé par sa toile “Jeunes femmes cueillant des fruits“.

Degas peint en outre un “repoussant” portrait de Mary Cassatt, auquel celle-ci répond en faisant son autoportrait – deux tableaux exposés dans le cadre de la rétrospective.

Sources et illustrations :
Site complémentaire concernant Mary Cassatt
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