Le style de Marie Chevalier est à la fois drôle et étonnant.

C’est ce qui ressort de tous ses ouvrages (ceux que j’ai lus) et qui fait que l’on reste dans le doux-amer. Parfois une petite note d’humour un peu noir, grinçant par certains côtés, pour décrire les petites lâchetés que la vie impose ou que nous nous imposons surgissent, fort bien décrites.

Voici Marie Chevalier avec toute son imagination qui fait basculer les mots dans ses écrits. J’apprécie toute cette vitalité, toute cette joie, toutes ses pensées qui transparaissent à chaque nouvelle. Une écriture directe, bien structurée et parfois “haletante” car l’on s’attend toujours à une fin décalée.

 

 

L’écriture et moi

Je suis née en 1942 et j’ai travaillé pendant 40 années dans une grande banque. Le jour où un plan social a été décidé, je me suis empressée de le signer. J’avais 56 ans et me sentais en pleine forme pour enfin me consacrer à ce qui a toujours été mon envie: écrire. Et depuis sont nés trois romans et une soixantaine de nouvelles collectives ou personnelles.

Cela est venu naturellement car j’aimais écrire sur n’importe quel sujet ! Étant déléguée du personnel, je rédigeais volontiers les tracts; dans mon métier, j’écrivais facilement des lettres personnalisées à mes clients, et surtout, il n’y avait pas encore les moyens de communication d’aujourd’hui et j’adorais correspondre dans de longues lettres avec mes amies. Très jeune, j’ai rédigé quelques poèmes d’amour naturellement – que je n’osais jamais faire lire à l’intéressé d’ailleurs! –

Mais ce qui a été le détonateur – et cela va paraître puéril – c’est l’enregistrement sur magnétoscope d’un feuilleton américain: «Arabesque», dans lequel une institutrice en retraite écrivait des romans policiers. Je me suis dit: «quelle bonne idée !»

Moi au fond, j’avais toujours rêvé d’être un jour en mesure d’écrire ma biographie, considérant que j’avais eu une enfance difficile et, sans prétention, digne d’être relatée. Je me suis fait offrir pour mon départ en préretraite, une machine à «traitements de textes» et… j’ai commencé. Cela fut une véritable révélation. Tout allait formidablement bien et vite. Mes souvenirs affluaient…

Dès qu’il fut terminé j’ai entamé le long parcours de la recherche d’un éditeur. Naïvement, je m’étais imaginé que des grandes maisons d’édition allaient immédiatement «sauter» sur mon roman et le publier… pas du tout: après de nombreuses tentatives, j’ai fait la connaissance des éditions via internet. Alors, j’ai abandonné provisoirement ma «bio» et ai écrit un premier roman: «Les Jeannette». Quelle joie quand j’ai reçu mes exemplaires! Un vrai livre, en papier, et c’était «moi qui l’avais écrit»!

J’ai récidivé et assez rapidement un second livre est né: «Une Folie ordinaire», édité par la maison Ixcéa. J’ai encore ressenti le même plaisir.

Parallèlement, j’ai participé à des recueils collectifs sur des sujets prédéterminés, mais là il s’agissait d’écrire des nouvelles. Là encore, je me suis vraiment prise au jeu et j’avoue qu’aujourd’hui, ma préférence va aux nouvelles; je dois en avoir écrit une soixantaine, sous deux recueils.

Et c’est grâce à ce genre littéraire que tout commence en fait; les nouvelles m’ont permis d’aborder tous les thèmes: la vie, la mort, l’espoir, l’étrange, le plaisir, l’amour …

J’ai enfin fait éditer ma biographie «Les Marques de la vie», mais édulcorée et surtout sous forme de roman racontant la vie d’une femme. Je ne l’ai pas écrit à la première personne, des personnes proches de ma famille étaient encore de ce monde, je n’ai pas voulu régler mes comptes au bout de tant d’années.

Je pense sérieusement que si je n’avais pas aimé la lecture depuis toujours, je n’aurais pas écrit. Nous avons besoin de «maîtres» – du moins moi j’en ai eu besoin – ; les miens ont été et sont toujours : Emile Zola, Stephen King, Bernard Clavel et bien d’autres. J’aime les livres aussi bien en lecture qu’au toucher; je fais toujours très attention à ne pas les écorner, ni les blesser; je les classe et c’est un déchirement si je dois en prêter un, je me demande toujours dans quel état on va me le rendre!

Nous avons la chance d’être dans une société où écrire est devenu beaucoup plus facile et surtout plus facile de se faire éditer. Oh bien sûr, je ne suis pas chez Flammarion (rires!) mais qu’importe! Mes romans sont lus par peu de gens, certes, mais cela m’est égal. Je suis enchantée quand un inconnu passe sur mon site et me demande par mail de lui envoyer un de mes livres.

Et puis, dans cette même société, l’écriture permet de dire beaucoup de choses et l’écrivain doit, du moins c’est mon avis, ne pas hésiter à se servir de sa notoriété pour aller oser signer des pétitions ou écrire son désaccord sur le racisme, la xénophobie, le non respect des autres. C’est aussi son devoir de «visage public» d’être présent là où des milliers de gens ne peuvent accéder faute de moyens pratiques.

Il faut dire que pour se faire, Internet est un vivier où chacun peut s’exprimer sur beaucoup de sujets et de sites.

Je terminerai ce petit article en remerciant les éditeurs dits en ligne qui n’hésitent pas à nous faire connaître en «osant» éditer des inconnus.

Marie Chevalier 30/11/2007

Où vont mes préférences …

Ce recueil, (le 14ème) de 28 nouveaux textes, comme souvent nous raconte des histoires courtes de la vie courante mais toujours avec une pointe de folie un peu déjantée. Ce ne sont que des histoires, il ne faut pas essayer de retrouver du vécu ou des personnages existants quoique…

Résumé:

Nicolas est un garçon calme et affectueux. Il est élevé par sa mère, Hélène, qui s’est retrouvée veuve peu de temps après son mariage et avant la naissance de son fils.
Justine, la soeur de son père n’a de cesse, d’essayer de convaincre Hélène de se détacher de Nicolas qui devient de plus en plus différent et apporte bien des tourments à sa mère.
Des événements malheureux et inexpliqués se succèdent dans la famille d’Hélène et de doutes en certitudes, on se demande lequel d’Hélène, de Justine ou de Nicolas sera rattrapé le premier par la folie.

 

 

Note de Joseph Ouaknine à propos de ce roman :

En lisant ce livre, j’ai eu l’impression de replonger dans l’ambiance provinciale de mon enfance. Cette atmosphère trouble et ingrate pour la plupart des gens de l’époque, mais en même temps si chaude, si captivante et attachante. En marge de l’histoire, le récit présente et matérialise parfaitement, de manière brillante, la vie des paysans et rend presque palpable l’idéologie qui entoure les petits villages ou des hameaux, même si ce n’est pas tellement le sujet abordé. Malgré la dureté des évènements relatés, le livre est vivant, frétillant. Il faut dire que le style d’écriture de Marie Chevalier, simple et alerte, se prête particulièrement à une interaction des contrastes. Une foule d’émotions se dégage dans un tourbillon passionnant: l’obstination, le bonheur, la nervosité à fleur de peau, la douleur, les sentiments cachés, le vice, l’amour, les tracas du quotidien, partagés ou individuels; les thèmes abordés fusionnent également dans ce mælström passionnel: la folie, les voleurs, les troubles psychiques, tous moeurs confondus, approchant l’inceste, allant jusqu’à l’effleurer même, sans jamais le toucher, chatouillant l’obscénité sans jamais sombrer dans la vulgarité. Cette existence très France profonde, c’est du Zola et du Pagnol réunis! Quant à l’histoire, où la situer?
Satire? Roman, rose ou noir? Policier? Un peu de tout cela sans doute… Un bon moment de lecture en tout cas !

 

 

Extraits :

De : Cauchemar prémonitoire ?

« ….Nous avions décidé de profiter de la voiture de Daniel, un vieux de trente ans pour aller au cinéma à la petite ville à six kilomètres.

Bien enveloppées dans nos doudounes, le foulard trois fois autour du coup, le bonnet sur la tête, on partait pour la conquête de l’Alaska. C’est cet abruti de Jean-Marie qui nous posa la question quand on arriva au feu rouge en même temps que lui et sa petite moto rouge vif ailerons pointus et poussée à fond dans les descentes. … »

De : La peur au ventre

« …Elle essayait de se reposer dans l’ombre de sa chambre quand soudain elle fut réveillée par des cris, des coups de fusil. Elle ouvrit rapidement la fenêtre affolée et baissa les bras anéantie.

Ses jumeaux portant chacun une poule ou un coq dans les bras couraient devant le fermier du bout de la rue qui les poursuivait en tirant en l’air. Toute la rue était sur le pas de la porte… »

De : Mon vieux curé :

« … Et là, mon vieux curé qui lui, approchait au moins de quatre –vingt- dix ans, se retourna vers les clients qui faisaient la queue, et leur dit :

— Figurez-vous que cette jeune femme bien mise, m’a pissé dessus quand je l’ai baptisée et pire un jour de préparation à la communion, elle s’est isolée dans le confessionnal et a fait ses besoins.

Quand elle en est ressortie, elle s’est sauvée et n’a jamais voulu avouer que c’était elle…. »

De : Lettre ouverte

« …Est-ce ma faute si je n’ai pas été capable d’avoir d’enfant ? Cela m’a assez été reproché dans le temps, j’étais presque un OVNI ! Une femme qui ne peut pas avoir d’enfants n’est pas une vraie femme, voilà la messe était dite… »

Sources : Marie Chevalier, Forum “Art et Lettres”

Pour un aperçu de ses livres et publications voici le lien de son site : Marie CHEVALIER

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