Matsuo Bashõ
(1644–1695)

« Limite-toi à la poésie ; ne perds pas ton temps en propos futiles. Si la conversation s’égare, somnole pour économiser ta force créatrice. » Bashō

Matsuo Bashō (松尾 芭蕉?), plus connu sous son seul prénom de plume Bashō (芭蕉?, signifiant « Le Bananier »), est un poète japonais du XVIIe siècle (début de l’époque d’Edo). De son vrai nom Matsuo Kinsaku (enfant) puis Matsuo Munefusa (adulte), il est né en 1644 à Iga-Ueno et mort le 28 novembre 1694 à Ōsaka. Il est considéré comme l’un des quatre maîtres classiques du haïku japonais (Bashō, Buson, Issa, Shiki).

Auteur d’environ 2 000 haïkus, Bashō rompt avec les formes de comique vulgaire du haïkaï-renga du XVIe de Sōkan en proposant un type de baroque qui fonde le genre au XVIIe en détournant ses conventions de base1 pour en faire une poésie plus subtile qui crée l’émotion par ce que suggère le contraste ambigu ou spectaculaire d’éléments naturels simples opposés ou juxtaposés.

Biographie

Né Matsuo Kinsaku (松尾 金作?), et devenu après l’enfance Matsuo Munefusa (松尾 宗房?), il est issu d’une famille de bushi. Il se lie d’amitié avec le fils de son seigneur, le jeune Yoshitada, mais la mort de son ami le conduit à renoncer à une carrière classique de guerrier et à étudier les lettres.

À ce moment, Bashō prend l’habit de moine et part suivre l’enseignement de plusieurs maîtres, dont Kitamura Kigin, à Kyōto. Sept ans plus tard, il part pour Edo (moderne Tōkyō) où il publie son premier recueil de poèmes dont le célèbre :

«  Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés
Soir d’automne.  »

Plus tard, il crée sa propre école poétique. Il pratique le haïku avec un groupe de disciples dans son ermitage de Fukagawa à partir de 1680. Le surnom de cet endroit est « l’Ermitage au bananier » (Bashō-an) car un bananier lui avait été offert par l’un de ses disciples. Il le planta devant son ermitage – où il se trouve toujours – mais on ne sait pas pourquoi il lui emprunta son nom de plume.

Le style nouveau qui caractérise son école est le style shōfū (蕉風). Celui-ci peut se définir par quatre mots :

  • sabi : c’est la recherche de la simplicité et la conscience de l’altération que le temps inflige aux choses et aux êtres ;
  • shiori : il s’agit des suggestions qui émanent du poème sans qu’elles ne soient formellement exprimées ;
  • hosomi : l’amour des choses humbles et la découverte de leur beauté ;
  • karumi : l’humour qui allège du sérieux et de la gravité.

Pour Bashō, le haïku n’est pas dans la lettre mais dans le cœur. Il s’efforce d’exprimer la beauté contenue dans les plus simples choses de la vie :

«  Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l’eau.  »

Dans cette manière de poème, Bashō parvient à exprimer « l’interpénétration de l’éternel et de l’éphémère ». C’est également une poésie de l’allusion et du non-dit qui fait appel à la sensibilité du lecteur. Par exemple, il évite de décrire l’évidente beauté du mont Fuji :

«  Brume et pluie.
Fuji caché. Mais maintenant je vais
Content.  »

Bashō pratique également le journal de voyage qu’il entremêle de délicats poèmes. Le plus célèbre d’entre eux est La Sente étroite du Bout-du-Monde (Oku no hosomichi) mais ils relèvent tous d’un genre impressionniste qui voit le poète s’arrêter devant des paysages ou des scènes de la vie quotidienne et laisser venir le poème que cette vision suscite en lui.

En passant devant les ruines du château ou périt le célèbre Minamoto no Yoshitsune alors qu’il était assiégé par l’armée de son frère Yoritomo, le poète est frappé de voir qu’il ne reste rien de cette gigantesque bataille, de tous ces glorieux combats et que la nature a repris ses droits :

«  Herbes de l’été.
Des valeureux guerriers
La trace d’un songe.  »

Nourri de culture chinoise et de philosophie bouddhiste, Bashô crée des contrastes saisissants qui, un peu à la manière des koan de l’école bouddhique du Zen, nous invitent à dépasser la dualité des phénomènes et à nous libérer de nos illusions :

Shizukasa ya
iwa ni shimiiru
semi no koe

« Silence
le chant des cigales
pénètre les rocs 6 »

Bashō est le premier grand maître du haïku et sans aucun doute le plus célèbre au Japon où il reste littéralement vénéré.

Il est enterré à Ōtsu, préfecture de Shiga, auprès de Minamoto no Yoshinaka, conformément à ses derniers souhaits.

Qu’est qu’un Haïku ?

Le haïku (俳句), terme créé par le poète Masaoka Shiki (1867-1902), est une forme poétique calligraphiée et très codifiée d’origine japonaise et dont la paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Bashō Matsuo (1644-1694). Tirant son origine du tanka, il s’agit d’un petit poème, extrêmement bref, visant à dire l’évanescence des choses. Encore appelé haïkaï (d’après le haïkaï no renga ou haïkaï-renga, forme antérieure plus triviale développée par Sōkan au XVe siècle) ou hokku (son nom d’origine), le haïku doit comporter une notion de saison (le kigo) et une césure (le kireji). Si le haïku n’indique ni saison, ni moment particulier, on l’appellera Moki ; et s’il a pour sujet les faiblesses humaines et non la nature, et qu’il est traité de manière humoristique ou satirique, on le nommera Senryū.

Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis le début du XXe siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s’inspirer de cette forme de poésie brève et ont la plupart du temps choisi de la transposer sous la forme d’un tercet de 5, 7 et 5 syllabes (bien que des libertés puissent être prises).

Une personne écrivant des haïkus est appelée haijin ou haidjin, et parfois également haïkiste.

Sources et illustrations :
Fermer le menu