L’art de la vie consiste en une réadaptation constante au milieu. Le taoïste accepte le monde tel qu’il est et,

contrairement aux confucianistes et aux bouddhistes, s’efforce de trouver de la beauté dans notre monde de malheurs et de tracas.

Biographie

Okakura Kakuzô (dit Tenshin) est né à Yokohama à peu près au moment où le Japon s’est rouvert au monde (1860). Son père, samouraï de haut rang, était venu à Yokohama et y avait ouvert des magasins de négoce de soie avec les étrangers. Kakuzô a ainsi pu se mettre à l’anglais très jeune, langue qu’il possédera bientôt parfaitement.
Après la mort de sa mère, son père s’est remarié ; Kakuzô a passé sept ans dans un temple bouddhiste, approfondissant sa connaissance des classiques chinois. Il s’est également intéressé à l’art : peinture japonaise, composition de poèmes chinois.
Son professeur de philosophie à l’université de Tôkyô, l’Américain Ernest Fenollosa, a joué un rôle très important dans sa vie : aidé de Okakura (pour la traduction), Fenollosa a collectionné des œuvres d’art et a étudié les textes traitant de l’esthétique nippone. Grâce à lui, Okakura s’est fait des relations dans les milieux américains.
Plus tard, il a été chargé de fonder une école nationale d’art, puis est devenu conservateur du Musée impérial. Il démissionna plus tard, visita la Chine, l’Inde, l’Europe, et en 1904, se rendit aux Etats-Unis pour prendre un poste aux départements chinois et japonais du musée des Beaux-Arts de Boston.
Fort de sa connaissance approfondie des cultures occidentale et orientale, il a écrit plusieurs ouvrages en anglais destinés à faire connaître la culture orientale aux occidentaux : Les Idéaux de l’Orient (The Ideals of the East, 1903), Le Réveil du Japon (The Awakening of Japan, 1904), et son livre le plus célèbre, Le Livre du Thé (The Book of Tea, 1906).

Le livre du thé


Résumé

Depuis plus d’un siècle, Le Livre du thé a permis de jeter un pont entre l‘Orient et l‘Occident. Sans rien avoir perdu de sa force et de sa modernité, ce grand classique offre une introduction des plus subtiles à la vie et à la pensée asiatiques, et s’adresse à toutes les générations. Le trait de génie d’Okakura fut de choisir le thé comme symbole de la vie et de la culture en Asie : le thé comme art de vivre, art de penser, art d’être au monde. Il nous parle d’harmonie, de respect, de pureté, de sérénité. Au fond, l’idéal du thé est l’aboutissement même de cette conception zen : la grandeur réside dans les plus menus faits de la vie. Qui cherche la perfection doit découvrir dans sa propre vie le reflet de sa lumière intérieure. Aussi la voie du thé est-elle bien plus qu’une cérémonie : une façon de vivre en creusant aux racines de l’être pour revenir à l’essentiel et découvrir la beauté au cœur de la vie.

La voie du thé ou le chemin de l’essentiel
“A l’origine de la démarche d’Okakura Kakuzô se trouve un constat : celui de l’ignorance entourant ce qu’il nomme « la philosophie du thé », réduite selon lui par « l’occidental moyen » à n’apparaître que comme l’une des « mille et une bizarreries caractérisant à ses yeux un Orient affecté et puéril ». L’auteur regrette ainsi les innombrables commentaires consacrés au code des Samouraïs, «cet art de la Mort pour lequel nos guerriers se sacrifient avec tant d’exaltation ! Alors que la voie du thé, laquelle incarne au mieux notre art de la Vie, n’a guère suscité d’intérêt. ».

Si la « voie du thé », ou sado, est bien un « chemin » digne d’intérêt, c’est que le terme, loin de ne désigner que la cérémonie (chanoyu) codifiée au XVIe siècle par le mythique maître de thé Sen-No-Rikyu, renvoie à la philosophie de la vie qui l’a inspirée et dont elle est la traduction symbolique.

…Car « l’art de la Vie » auquel Kakuzô fait référence n’a pas la sécheresse d’une simple « sagesse pratique » : il s’agit au contraire d’un appel poétique à comprendre, c’est-à-dire à recueillir, l’écho du monde ; celui auquel nous sommes étrangers lorsque nous demeurons englués dans un quotidien qui ne traduit plus le pouls éphémère de la vie mais la lourde main de l’habitude vulgaire étouffant l’essentiel avec toujours plus de force. “Alyssa Emmungil, pour Rêve d’Enfance

« Selon l’une de nos expressions usuelles, une personne “manque de thé” lorsqu’elle se montre insensible aux épisodes tragi-comiques qui ponctuent l’existence. Mais notre langue stigmatise également l’esthète sauvage qui, indifférent à la tragédie du monde, s’abandonne sans retenue au flot de ses émotions ; de celui-là, elle dit qu’il a “trop de thé”. » Et Okakura Kakuzô d’interpeller le public occidental auquel il destine son Livre du thé : « Sans doute pourriez-vous moquer notre “excès de thé”, mais ne pourrions-nous pas aussi soupçonner quelque “insuffisance de thé” dans votre constitution ? »

Œuvres

  • The Ideals of the East (London: J. Murray, 1903), traduction française sous le titre Les Idéaux de l’Orient – Le Réveil du Japon par Jenny Serruys, préface d‘Auguste Gérard, ambassadeur de France (Paris, Payot, 1917)
  • The Awakening of Japan (New York: Century, 1904) fr. Le Réveil du Japon (Payot)
  • The Book of Tea (New York: Putnam’s, 1906), traduction française de Gabriel Mourey (1927) Le Livre du thé, Paris, André Delpeuch ; réédition Payot, puis chez Philippe Picquier (1996, 2006).
  • Lettre à mon chat (Librairie Naito, Le Petit Prince, Morges, 2015)
Sources et illustrations :
 
Les fleurs
Dans la lumière grise et tremblante d’une aube printanière, alors que, dans les arbres,les oiseaux gazouillaient sur un rythme mystérieux, n’avez vous jamais eu l’impression qu’ils parlaient de la beauté des fleurs à leurs compagnes ? Chez les humains le goût des fleurs est né sans nul doute en même temps que la poésie amoureuse.
Comment, en effet, mieux représenter l’épanouissement d’une âme virginale si douce dans son inconscience, si parfumée dans son silence ?
L’homme primitif qui a offert le premier collier de fleurs à sa bien aimée a transcendé la brute. En s’élevant au-dessus des frustes nécessités naturelles, il est devenu humain. En percevant la subtilité de l’inutile, il est entré dans le royaume de l’art.
Que ce soit dans la joie ou dans la peine, les fleurs sont des amies indéfectibles.
Okakura Kakuzô (Extrait le livre du thé)
 
 
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