Par Paul Cézanne (photo)

Paul Cézanne, né le à Aix-en-Provence et mort le dans la même ville, est un peintre français, membre, un temps, du mouvement impressionniste, et considéré comme le précurseur du post-impressionnisme et du cubisme.

Par sa volonté de faire « du Poussin sur nature », il apparaît comme un continuateur de l’esprit classique français autant qu’un innovateur radical par l’utilisation de la géométrie dans les portraits, natures mortes et les nombreux paysages qu’il peint, d’Île-de-France et de Provence, particulièrement de la campagne d’Aix-en-Provence. Il a notamment réalisé une série de toiles ayant pour motif la montagne Sainte-Victoire. Il est considéré comme le « père de l’art moderne ».

Le milieu d’origine de Cézanne est celui de la bonne bourgeoisie provinciale . Son père, propriétaire à Aix-en-Provence d’une prospère fabrique de chapeaux, vivait cependant quelque peu en marge de la société aixoise: il n’était pas marié avec la mère de son fils, une de ses anciennes ouvrières, lorsque ce dernier naquit, en 1839, et ne légalisa sa situation que cinq ans plus tard, avant de s’établir comme banquier.

Cezanne fit toutes ses études à Aix, acquérant une solide culture classique et se liant d’une profonde amitié avec quelques-uns de ses camarades de collège, au premier rang desquels Émile Zola, alors son confident le plus intime.

Son père le destinait au droit, et il s’inscrivit à la faculté d’Aix en 1858. Sa vocation artistique était pourtant déjà suffisamment affirmée (il avait suivi les cours de l’école gratuite de dessin depuis 1857) pour qu’il songe à aller étudier la peinture à Paris.

Il finit par obtenir de son père – qui subvient à ses besoins – l’indispensable autorisation pour un premier séjour parisien au printemps et à l’été de 1861, lors duquel il fréquente l’Académie Suisse, où il rencontre Pissarro et Guillaumin, mais échoue au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts.

Il revient à Aix travailler dans la banque paternelle, mais repart un an plus tard pour Paris où il se réinscrit à l’Académie Suisse. C’en est désormais fini des faux départs, des hésitations sinon du découragement devant les difficultés du métier : Cézanne, définitivement, a décidé d’être peintre.

 Jeunesse et début dans l’Art

De très bonne heure Cézanne montra du goût pour la peinture ; mais la musique et la poésie l’attiraient également. Il est parmi les très rares artistes qu’une complète culture ait mis à même de choisir leur activité. Toute sa vie, du reste, il demeura fidèle à ses premières admirations littéraires, et ce peintre si libre, ce novateur, entre tous les poètes préféra toujours les plus sereinement classiques ; son livre de chevet était, dit-on, l’œuvre de Virgile, qu’il lisait dans le texte. Quant aux « mouvements » qui passionnaient les contemporains romantiques et naturalistes de sa jeunesse et de son âge mûr et les mettaient en demeure d’y prendre parti, on peut, croire qu’il leur resta profondément étranger. En Zola même, il accepte un camarade, un défenseur, sans prêter à L’Évangile de Médan une importance exagérée. Dans les lettres comme dans les arts, le conseil des maîtres anciens lui suffisait ; la vie présente se bornait pour lui aux joies que donnaient à ses yeux de peintre les jeux colorés de la lumière. – Comment il parvint à la conscience de ces joies, comment dans leur diversité infinie il choisit sa part : c’est toute l’histoire de Paul Cézanne.

Il est donc assez peu précieux de noter les deux années qu’il perdit à la faculté de droit d’Aix et son court passage dans la banque de son père. Sa vie d’artiste commence en 1862, à l’académie Suisse du quai des Orfèvres, où il rencontre Pissarro et Guillaumin.

Dès ces débuts il manifeste sa prédilection innée pour la vie régulière, pour les sanctions normales, en se présentant au concours d’admission à l’École des Beaux-Arts et en faisant au Salon officiel un consciencieux envoi. Mais au concours il fut refusé et le jury du Salon l’écarta. Ainsi tout de suite s’affirmait, invincible, fatale, la sincérité de l’artiste. Ce n’était pas pour son plaisir, c’était involontairement qu’il suscitait les indignations, les colères, qu’il se faisait rappeler à l’ordre. – L’ordre ! personne n’en eut plus que lui le culte et le scrupule et ce fut l’originalité, mais aussi la tristesse de sa vie de ne pouvoir obtenir, homme par excellence rangé, l’approbation d’esprits qui partageaient en tout ses convictions, – sauf en art. Et à coup sûr c’est lui qui représentait contre eux – en art – l’ordre vrai, le seul ; mais peut-être ne le représentait-il pas avec eux hors de l’art, hors de cet art où il vérifiait aux clartés de sa révélation intime leur mensonge sans que cette évidence avertit un esprit singulièrement exclusif et au regard duquel les choses de l’art semblent avoir constitué comme un monde à part, isolé, séparé, gouverné par des lois d’exception.

Rejeté par l’officiel et révolutionnaire malgré lui, Cézanne ne tarda pas à faire nombre avec d’autres révoltés, les Impressionnistes, qui guerroyaient, eux, sans regret contre l’École. Il fut de leur première exposition – en 1874, chez Nadar, au boulevard des Capucines – avec Renoir et Claude Monet, avec Pissarro et Guillaumin.

Mais cette date et cette manifestation n’avaient point pour lui la même importance que pour ses compagnons de bataille. Elles marquaient simplement dans l’évolution de son talent une période, la quatrième, à bien compter, et qui ne devait pas être définitive.

Bouquet de fleurs dans un vase bleu (1873-75). Huile sur toile, 46 × 55 cm, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. L’influence impressionniste conduit l’artiste à éclaircir sa palette et à multiplier les petites touches pour produire une peinture vibrante et lumineuse. La signature, en bas à gauche, est rare chez Cézanne. Sa présence signifie que la toile a probablement été présentée à la troisième exposition impressionniste en 1877.

L’admiration pour Émile Zola

C’est sur la base d’une lettre de Cézanne à Émile Zola, et à partir du travail de John Rewald publié en 1937, que de nombreux biographes pensaient qu’à partir de 1886 le peintre avait rompu tout contact avec le romancier qu’il connaissait depuis son enfance et ses années d’études au lycée d’Aix-en-Provence. La cause de la brouille aurait été le roman L’Œuvre (racontant l’histoire d’un peintre maudit et pourchassé par le destin incapable d’achever son grand œuvre), que le peintre aurait inspiré. Cette hypothèse est aujourd’hui remise en cause et infirmée par la découverte d’une lettre postérieure à celle sur laquelle se base cette supposition et par le travail d’Henri Mitterand, qui démontre en publiant les lettres croisées des deux artistes, Cézanne et Zola, en 2016 : que Cézanne ne s’est jamais senti visé par L’Œuvre et qu’il est resté au contraire un admirateur de Zola après 1887, « dans un dialogue ininterrompu d’artistes — le peintre et le conteur, unis par une même passion du réel et de sa représentation — sur leur raison d’être et sur les modes de leur faire ».

Pour Henri Mitterand, l’origine de ce mythe (la brouille) est dans les Souvenirs d’Émile Bernard qui veut séparer Zola et Cézanne pour des raisons autant esthétiques, sociales et politiques, alors que Joachim Gasquet affirme et témoigne au contraire que Cézanne lui avait fait un vibrant hommage de L’Œuvre de Zola où il lisait une « seule beauté vraie, éternelle et changeante » : la vie. Henri Mitterand rappelle qu’il convient de pratiquer « une analyse scrupuleuse et détaillée non seulement des textes mais aussi de leur contexte social et politique et des conduites qui les ont accompagnés avant de juger ou d’affirmer une quelconque brouille ».

De plus, la correspondance de Cézanne à ses amis est parcellaire, la majorité de sa correspondance à ses amis, parents, Hortense et son fils est perdue.

Une approche philosophique

À partir de 1945, l’œuvre de Cézanne devient un des sujets de réflexion du philosophe Maurice Merleau-Ponty, dans ses cours et dans Phénoménologie de la perception (1945), L’Œil et l’Esprit (1960) ou Le Visible et l’Invisible (1964), à travers son analyse du langage du peintre qui « pense en peinture », se construit sur la « sensation » et l’« expression de la perception ». Ces analyses se poursuivent, remises en question avec les philosophes Jean-François Lyotard, Discours, figure (Klincksieck, 1974) et Gilles Deleuze, Cours sur la peinture (Paris VIII, 1981).

Ainsi, pour le philosophe Gilles Deleuze, le regard que porte le peintre sur les pommes forme l’essence de son regard sur l’humanité : « C’est vrai quand on voit une femme peinte par Cézanne — il les peint comme des pommes, c’est des pommes, les femmes de Cézanne c’est des pommes et […] ça tombait bien parce que sa propre femme a lui, Cézanne, et il l’a peint sa propre femme, c’était une pomme. Et c‘est ce que Lawrence appelle l’être pommesque de la pomme, le coup de génie de Cézanne, dit Lawrence, ce serait d’avoir saisi l’être pommesque de la pomme. Alors il l’a appliqué, parfois ça marche, sur une femme, il y a des femmes pommesques, sa femme était pommesque, alors ça va très bien. Et puis il a compris d’autre part deux ou trois vases : un ou deux vases, quelques vases, ou quelques vases et pots, et c’est fantastique ça, fantastique. Cela dit ça n’empêche pas que le reste est génial aussi, mais c’est là la source… »

Cézanne en Savoie: abbaye de Talloires – 1896

Sources et illustrations :
 
 
Fermer le menu