Tina Modotti

Tina Modotti s’est longtemps demandé comment concilier photographie et engagement politique. Sa réponse est peut-être dans l’image de ce paysan mexicain les mains serrées sur sa bêche. Effacée devant son sujet, l’artiste ne cherche pas à nous apitoyer sur la condition misérable de l’hom­me. Elle s’en approche jus­qu’à le toucher, soucieuse de souligner l’élégance de sa pose. La photo est simple, belle, sincère. « J’essaye de réaliser non de l’art mais d’honnêtes photographies », disait-elle avec modestie. Elle aurait pu être l’une des pho­­tographes les plus adulées du XXe siècle. Elle a préféré suivre un autre chemin.

 

 

 

 

 

Star du théâtre
Née en 1896 dans le nord-est de l’Italie, Tina Modotti travaille dès 13 ans dans une fabrique de soie pour aider sa famille à survivre. A 17 ans, elle émigre en Californie. Son intelligence et sa beauté la font devenir la star du théâtre italien de San Francisco. Après une brève carrière à Hollywood, où elle joue en 1920 le premier rôle du film muet The Tiger’s Coast, elle pose pour le grand photographe Edward Weston. Il tombe amoureux d’elle, abandonne femme et enfants à Los Angeles et s’installe avec elle, en 1923, à Mexico.

La personnalité de Tina Modotti se remarque. Elle fume la pipe et s’affiche comme la première femme portant des jeans à Mexico. Weston et elle créent un studio photo qui croule bientôt sous les commandes. Leur maison devient le lieu de rendez-vous des artistes et des intellectuels ; c’est chez eux que le peintre Diego Rivera rencontre Frida Kahlo. Initiée à la photo par Weston, Tina Modotti égale bientôt le maître par la pureté de compositions au bord de l’abstraction, comme avec les arches du couvent de Tepotztlán ou les formes géométriques naturelles des motifs floraux. Son travail est loué par Diego Rivera.

Pas de pitié
Une carrière prometteuse s’ouvre à elle. Mais Tina Modotti préfère se battre aux côtés du parti communiste mexicain contre les inégalités qui déchirent encore le pays vingt-cinq ans après la révolution. Lorsqu’elle reprend son appareil, c’est pour témoigner de la misère, sans inspirer la pitié. Ses images de femmes pauvres dans l’isthme de Tehuantepec célèbrent leur fierté. Souvent, Modotti se concentre sur une partie du corps, mains de femmes faisant la lessive ou pieds masculins déformés par l’âge. Avec ces images, elle cherche à rapprocher le sujet du « regardeur », à permettre à celui-ci de s’identifier aux autres. A montrer leur part commune d’humanité.

Elle paye cher ses engagements. Son activité militante lui vaut d’être brutalisée par la police mexicaine, qui lui impute le meurtre de son amant, un révolutionnaire cubain. La presse la traite de « femme de petite vertu », photos à l’appui. En l’occurrence, les magnifiques nus qu’a pris d’elle Weston et qui sont entrés dans l’histoire de l’art. Tina Modotti est expulsée du pays en 1930. Elle se rend à Berlin, puis en URSS, avant de rejoindre en Espagne les rangs des républicains pendant la guerre civile. Elle se lie d’amitié avec Malraux, Hemingway et Dos Passos. Robert Capa tente de la convaincre de photographier à nouveau. Elle refuse, ne croit plus au pouvoir de la photographie pour changer le cours des choses. En 1939, elle retourne sous un nom d’emprunt à Me­xico, où elle meurt, trois ans plus tard, d’une crise cardiaque. Pablo Neruda a composé pour elle une élégie, gravée sur sa tombe, qui se termine par ces mots : « ton cœur était brave ». Il n’y a rien à ajouter.

Sources : Télérama 19/08/2011

Plusieurs sites de référence permettent de revenir sur la vie et l’œuvre de la photographe Tina Modotti.

Les conditions de la commande, de la pratique et de la réception dans une période donnée

Tina, une pionnière : un article de Daniel Chambet parue dans la revue Esprit, le 14 juin 2016, et intitulé « Le regard de Tina » revient sur la vie et le travail de cette pionnière de la photographie moderne.

Tina Modotti, photographe et femme engagée : le compte-rendu de l’ouvrage de Margaret Hooks consacré à la photographe et résumé par Françoise Denoyelle dans la revue Réseaux, 1995, vol. 13, n°74, pp. 223-225 présente la vie tumultueuse de Tina Modotti.

Tina Modotti, une passion mexicaine : une exposition virtuelle en ligne réalisée par l’Union Latine dans le cadre de deux expositions consacrées à Tina Modotti, l’une intitulée Tina Modotti à Biarritz et l’autre Tina Modotti. Une passion mexicaine à l’ Instituto Cervantes de Paris en 2012.

Mexique, révolutions, modernité : l’exposition Mexique, 1900-1950 au Grand palais du 5 octobre 2015 au 23 janvier 2017 revient sur les avant-gardes du Mexique parmi lesquelles Tina Modotti. Le dossier pédagogique en ligne présente le contexte historique et culturel de la révolution mexicaine. Un dossier pédagogique est disponible en ligne sur le site du Grand Palais.

France-Mexique, échanges et modernité : l’exposition Los Modernos Dialogues France-Mexique du 2 décembre 2017 au 5 mars 2018 au musée des Beaux-Arts de Lyon interroge notamment l’expérience mexicaine de photographes européens dans les années 1920-1930.

Le coupe Frida Kahlo/Diego Rivera : l’exposition Frida Kahlo. L’Art en fusion. Diego Rivera au musée de l’Orangerie à Paris du 9 octobre 2013 au 13 janvier 2014 expose la vie mouvementée et les œuvres de Frida indissociables de celles de son compagnon Diego. Un dossier pédagogique pour les enseignants en ligne est disponible.

La présentation, la circulation et la fortune critique des œuvres

L’influence sur Manuel Álavarez Bravo : l’exposition consacrée au photographe mexicain Manuel Álavarez Bravo intitulée Manuel Álavarez Bravo. Un photographe aux aguets (1902-2002) du 16 octobre 2012 au 20 janvier 2013 au musée du Jeu de Paume à Paris permet de mesurer l’influence de la photographie Tina Modotti sur toute une génération de photographes mexicaines. Un dossier enseignants en ligne est disponible sur le site du musée.

Paul Strand et Cartier-Bresson au Mexique : l’exposition Henri Cartier-Bresson/ Paul Stand 1932-1934 à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris du 11 janvier au 22 avril 2012 parcourt l’espace transatlantique qui façonne pour partie la photographie des années 30. Une présentation de l’exposition en ligne par Didier Aubert dans la revue Transatlantica.

L’influence sur la photographie mexicaine contemporaine : l’exposition consacrée à la photographie contemporaine en Amérique latine intitulée Amérique Latina. 1960-2013 du 19 novembre 2013 au 6 avril 2016 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris permet d’analyser l’influence de Tina Modotti sur la génération des photographes après la guerre. Des commentaires des conservateurs, une galerie de photographies sont disponibles sur le site de TV5 Monde.

La photographe Tina Modotti dans l’histoire de l’art

La photographie sous le prisme du genre : l’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? » au musée d’Orsay à Paris du 14 octobre 2015 au 24 janvier 2016, a mis en lumière le travail de Tina Modotti.

La photographie et l’idée de révolte : l’exposition « Soulèvements », au musée du Jeu de Paume à Paris, du 18 octobre 2016 au 15 janvier 2017, a présenté notamment des photographies de Tina Modotti. Un dossier enseignant est disponible en ligne sur le site du musée.

“Elle s’appelait donc Tina Modotti. Et si son nom vous dit quelque chose, c’est qu’elle ne se contenta pas d’être une égérie. Quand on évoque le destin tragique de Tina, on mélange toujours tout : sa beauté sensuelle, sa vie de bohème, ses compagnons célèbres, son engagement révolutionnaire, la guerre d’Espagne… Et oublie qu’elle fut aussi un grand photographe. Il suffit pour s’en convaincre de la suivre pendant les sept années que dura son séjour au Mexique. Elle s’immergea dans la vie locale et produisit des images, dont on peut relever les correspondances avec les mouvements artistiques, politiques et sociaux tourbillonnants de cette période postrévolutionnaire, souvent appelée la révolution mexicaine.” Source

 

 

Tina est jetée en prison pour tentative d’attentat contre Ortiz Rubio, le Président de la République nouvellement élu. Après 13 jours d’une grève de la faim, Tina est libérée mais une expulsion du Mexique sous 48 heures est ordonnée. Placée sur un bateau à destination de la Hollande, les services secrets italiens (l’OVRA) l’attendent mais avec l’aide Secours Rouge International hollandais, elle peut se réfugier à Berlin où elle réalise ses dernières photos. Elle part pour Moscou et travaille à plein temps pour le Secours rouge international. Elle parle 6 langues et est précieuse comme traductrice et lectrice de la presse étrangère. Elle accueille des délégations étrangères. Elle écrit des articles. Elle entreprend des voyages clandestins dans toute l’Europe, afin d’agir probablement en faveur des prisonniers politiques. Elle travaille en 1934 au bureau européen du Secours rouge à Paris, se lie avec Aragon et Elsa Triolet, avec Clara et André Malraux, Walter benjamin. Elle est en 1935 en Asturies où s’est déroulée une répression de l’éphémère république socialiste asturienne . En 1936 elle quitte l’URSS pour l’Espagne et travaille pour le Secours rouge espagnol. Elle est rédactrice en chef de l’Ayuda Semanario de Solidaridad del Socorro Rojo Internacional, participe aux services médicaux du Secours rouge mais également aux activités des services secrets de l’Internationale communiste. A la défaite de la République, elle passe en France avec un faux passeport puis retourne aux Mexique où elle décède d’une crise cardiaque le 5 janvier 1942.

Source : https://secoursrouge.org/Les-photos-de-Tina-Modotti

Fermer le menu